Par Khaled Remouche
L’Algérie approvisionne, actuellement, la Tunisie en gaz à hauteur de 2,5 milliards de mètres cubes/an. Pour sécuriser davantage son approvisionnement énergétique, en contexte de crise russo-ukrainienne, la Tunisie veut augmenter ses achats de gaz algérien au-delà de cette quantité. Les discussions sont en cours entre les deux parties et la question du prix du gaz ne semble pas accélérer le processus.
En effet, l’Algérie et la Tunisie se sont engagées à poursuivre leurs discussions relatives à la demande tunisienne consistant en son approvisionnement en quantités supplémentaires de gaz. Cette requête, pour davantage de gaz algérien en vue de couvrir les besoins en énergie de la Tunisie, a été faite bien auparavant. La poursuite de ces discussions est l’objet du procès-verbal signé entre les deux parties à l’issue des travaux du Comité bilatéral algéro-tunisien, mardi dernier, tenu lors de la visite de la ministre tunisienne de l’Industrie, de l’Energie est des Mines, Neila Gouiri Gongi.
La requête consignée dans ce texte, et dont la réponse côté algérien est l’examen de cette demande, s’étend également à un approvisionnement de la Tunisie en quantités supplémentaires de GPL et de gaz butane et à l’exploration de nouveaux blocs hydrocarbures dans l’amont tunisien. Elle concerne également le renforcement des interconnexions électriques ainsi que le développement de la coopération dans le secteur des mines, notamment l’exploitation du phosphate.
Il convient de rappeler, qu’en juin 2020, Sonatrach et la société tunisienne Steg avaient prolongé le contrat de vente de gaz jusqu’en 2027, avec le maintien des livraisons de gaz jusqu’en 2025, à hauteur de 2,5 milliards de mètres cubes par an et 3 milliards de mètres cubes par an à partir de 2026. La Tunisie veut donc davantage que les 2,5 milliards de mètres cubes par an, sans doute pour sécuriser son approvisionnement en énergie, appréhendant des répercussions négatives du conflit russo-ukrainien sur sa sécurité énergétique.
L’Algérie étudiera, sans aucun doute, sérieusement cette demande allant dans le sens du renforcement de la relation énergétique entre l’Algérie et la Tunisie et de la consolidation de sa position de principal fournisseur en énergie. Ce pays, n’oublions pas, est un partenaire stratégique de l’Algérie eu égard que c’est via la Tunisie que transite la plus grande partie des exportations de gaz de l’Algérie. C’est également par la Tunisie que va s’opérer l’accroissement de nos exportations de gaz vers l’Italie, à hauteur de 31 milliards de mètres cubes/an à moyen terme à travers le gazoduc Enrico-Mattei. C’est également via la Tunisie que peut s’opérer la perspective d’exportation de l’hydrogène vers le marché européen. La Tunisie constitue un débouché certain pour le gaz algérien profitant de l’excellence des relations politiques entre les deux pays dans un contexte de forte concurrence sur le marché européen, où les Etats-Unis, le Qatar et, dans une moindre mesure, le Nigeria et l’Egypte, manoeuvrent pour renforcer leurs positions. Mais ne nous emballons pas. Le marché tunisien reste un marché étroit. Ce n’est ni le marché italien ni espagnol. N’oublions pas également que la perspective de renforcer nos exportations de gaz vers l’Europe via la Tunisie et l’Italie reste ouverte.
Mais tout cela dépend de la capacité de Sonatrach à développer sa production de gaz à court terme, tant les besoins domestiques en gaz en forte croissance sont en train de freiner sa capacité exportatrice. C’est ce défi que doit relever Sonatrach à court et moyen termes pour augmenter ses ventes de gaz non seulement vers la Tunisie mais également vers ses principaux clients, notamment italiens, et si le défi est relevé, vers de nouveaux clients européens. Cela explique pourquoi la demande tunisienne fait l’objet de discussions et n’est pas satisfaite illico presto. Elle est, du reste, soumise au feu vert du chef de l’Etat. La question du prix de ce gaz n’accélère sans doute pas la finalisation de ces discussions, eu égard à la flambée des prix du gaz sur les marchés internationaux qui oblige Sonatrach à revoir ses prix. Tunis veut-elle un tarif préférentiel, d’où l’insistance sur l’accord du chef de l’Etat, mentionné dans le procès-verbal ? n