L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont, chacune de son côté, révisé à la baisse leurs prévisions de la demande mondiale de pétrole.

Par Feriel Nourine
L’organisation a réduit ses prévisions pour 2022, selon un rapport mensuel publié mardi, en se basant sur l’impact de la guerre en Ukraine, la hausse de l’inflation due à la flambée des prix du brut et la résurgence du coronavirus en Chine par l’intermédiaire de son variant Omicron. En ce sens, elle a déclaré que la demande mondiale augmenterait de 3,67 millions de barils par jour (bpj) pour l’année en cours, soit 480 000 bpj de moins que sa prévision précédente. «Si l’on prévoit que la Russie et l’Ukraine seront toutes deux confrontées à des récessions en 2022, le reste de l’économie mondiale sera également profondément touché», estime-t-elle dans son rapport, ajoutant que «la forte hausse des prix des produits de base, combinée aux goulets d’étranglement permanents de la chaîne d’approvisionnement et aux embouteillages logistiques liés à la Covid-19 en Chine et ailleurs, alimente l’inflation mondiale». En dépit de ce ralentissement, la consommation mondiale de pétrole devrait encore dépasser la barre des 100 millions de bpj au troisième trimestre, prévoit l’Opep. Sur le même registre, elle note que sur une base annuelle, le monde a utilisé pour la dernière fois plus de 100 millions de bpj de pétrole en 2019. De son côté, l’AIE a publié, hier, son rapport mensuel dans lequel elle justifie ses prévisions de légère baisse de la demande mondiale en mettant en avant les confinements en Chine. Elle indique que son estimation de la demande mondiale en pétrole a été abaissée de 260 000 barils par jour (bpj) par rapport à son précédent rapport mensuel et est désormais attendue à 99,4 millions de barils par jour en 2022, soit en hausse de 1,9 mb/j. Pour mars, cette baisse est de 730 000 barils par jour, contre 925 000 bpj pour avril et 690 000 bpj pour mai, précise l’agence américaine basée à Paris, notant que le nombre de cas de Covid et les mesures pour contrôler l’expansion de la pandémie en Chine ont été «plus sévères qu’attendu, alors que le pays impose des confinements très stricts en raison de la résurgence de contaminations, qui pénalisent lourdement l’activité économique dans la région de Shanghai». L’Agence s’est, par contre, montrée rassurante sur l’équilibre de l’offre, malgré la guerre en Ukraine. Face aux perturbations du marché, l’offre russe devrait baisser en moyenne de 1,5 mb/j en avril, puis de près de 3 mb/j en mai en raison des sanctions internationales, estime l’AIE, se montrant, cependant, confiante quant à l’équilibre du marché. Elle avance que «malgré les perturbations en Russie, la baisse attendue de la demande, les augmentations régulières de production de la part des membres de l’Opep+ ainsi que des Etats-Unis et d’autres pays non membres de l’Opep+, et le fait que les pays membres de l’AIE vont puiser massivement dans leurs réserves, devraient éviter qu’un fort déficit se produise» et «réussir à équilibrer le marché».
Pour rappel, le 6 avril, les pays membres de l’AIE ont annoncé qu’ils allaient puiser 120 millions de barils supplémentaires dans leurs réserves pour tenter de calmer les cours secoués par la guerre en Ukraine. De son côté, Joe Biden s’est engagé à puiser plus de 180 millions de barils dans les réserves stratégiques américaines. L’AIE est, par contre, moins confiante à l’égard des perspectives économiques, considérant qu’à ce niveau, «des risques significatifs demeurent» notamment en raison de la guerre en Ukraine qui «continue d’avoir un impact fort sur les flux de marchandises, les prix, l’inflation et les devises», ou encore «la reprise dans le secteur aérien qui progresse légèrement plus lentement que prévu», explique-t-elle. Côté séances, les prix de l’or noir poursuivaient timidement leur hausse hier, après avoir bondi de plus de 6% dans les échanges de la veille. A l’approche de la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord pour la fixation des prix du pétrole de la mer du Nord pour livraison en juin prenait 0,34% à 105,00 dollars, à Londres. A New-York, le West Texas Intermediate (WTI) livraison en mai grappillait quant à lui de 0,25% à 100,85 dollars. Bien que les deux références du brut ont reculé par rapport à leurs sommets pluriannuels atteints début mars, soit 139 dollars, les prix sont toujours en hausse, avec plus de 35% pour le Brent et 34% pour le WTI. <