par Hakim Ould Mohamed
La banque américaine d’investissement Goldman Sachs s’attend à ce que la demande mondiale de pétrole continuera à évoluer sur le reste de la décennie grâce à la pétrochimie, mais connaîtrait un mouvement baissier dès 2026, suite aux politiques gouvernementales en faveur de la transition énergétique.
Dans une note d’analyse publiée hier, les experts de la firme américaine se sont montrés, toutefois, moins pessimistes que ceux de BP, qui disaient, il y a quelques mois, que l’ère de la croissance de la demande mondiale de brut était révolue et que les niveaux d’avant la crise sanitaire ne pourraient plus être atteints. La banque américaine prévoit une croissance positive de la demande au pétrole jusqu’à 2026 ; celle-ci devrait être le fait particulièrement du secteur des transports, mais la tendance mondiale en faveur des énergies propres, aussi bien dans les transports que dans les politiques publiques d’efficacité énergétique, entraînerait un mouvement baissier inévitable de la consommation de brut dès 2026. Dans leur analyse sur l’évolution à moyen terme de la demande mondiale de brut, les experts de Goldman Sachs estiment, en effet, que «les politiques gouvernementales conduisant à des gains plus élevés en efficacité énergétique et à une réduction des émissions de carbone ont eu la plus forte incidence sur la demande de transport routier». Goldman Sachs s’attend à ce que la demande de pétrole dans les années à venir sera tirée essentiellement par la pétrochimie, en particulier dans les marchés émergents. Quant aux marchés développés, les analystes de Goldman Sachs estiment que demande globale de pétrole ne connaîtra plus jamais les niveaux d’avant la crise planétaire provoquée par la propagation depuis le début 2020 de la Covid-19. En outre, la banque américaine estime que la remontée des cours du brut cette année aiderait à atteindre le pic de la demande globale de pétrole plus tôt que prévu. Sur le court terme, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a anticipé la semaine dernière un rebond, bien que fragile, de la demande mondiale de pétrole, soulignant que les stocks commerciaux de pétrole des pays de l’OCDE ont diminué en février pour le septième mois d’affilée, ce qui suggère une hausse de la demande et des importations à brève échéance. Même son de cloche chez les experts de l’Opep qui, dans leur rapport mensuel de mars, se sont montrés plutôt optimistes sur l’évolution de la demande, dont le rebond mondial est désormais attendu à 6 millions de barils par jour (mb/j) cette année, une révision à la hausse de 0,1 mb/j par rapport au mois dernier. La demande mondiale est ainsi attendue à 96,5 mb/j cette année, après avoir plongé à 90,5 mb/j l’an dernier. Cependant, sur le moyen et le long termes, l’AIE, et à un degré moindre l’Opep, s’attend à ce que la demande mondiale de pétrole se tasse jusqu’en 2030 et que les niveaux de 2019 seront désormais difficiles à atteindre. Spécialiste dans le conseil et la recherche dans le domaine de l’énergie, le cabinet Wood Mackenzie défend la même vision que celle des spécialistes de Goldman Sachs, anticipant un impact considérable des politiques d’efficacité énergétique et de réduction des émissions de carbone sur la demande mondiale de pétrole, voire sur les compagnies pétrolières n’ayant pas appréhendé l’impératif de transition énergétique. Plus concrètement, Wood Mackenzie s’attend à ce que la consommation de pétrole connaisse une tendance baissière à partir de 2023 sous l’effet de la concrétisation des engagements signés dans l’Accord de Paris sur le climat.