Alors que la pandémie de coronavirus continue d’impacter différents secteurs économiques, faisant reculer sensiblement leur consommation énergétique, la demande mondiale de pétrole poursuit une baisse sans précédent, ouvrant la voie aux pires scénarios pour l’année 2020.
Pour l’Agence internationale de l’Energie (AIE), cette baisse a tout d’un effondrement qui réduira la demande à tout juste 9,3 millions de barils par jour (mbj) cette année. Du coup, la consommation mondiale sera ramenée à ses niveaux de 2012 (9,06 mbj), souligne l’AIE dans son rapport mensuel publié hier. Elle ne manque pas de préciser que pour le seul mois d’avril, la chute drastique de cette demande devrait s’établir à 29 mbj par rapport à l’année 2019, soit des niveaux que le marché pétrolier n’avait plus vécu depuis un quart de siècle, relève la même source. La consommation devrait encore reculer de 26 mbj sur un an en mai, et de 15 mbj en juin. Des prévisions qui expliquent un peu plus la faible portée de l’accord de réduction conclu dimanche dernier par l’Opep+, du moins à court terme. Cet accord est loin d’être vain, estime néanmoins la même source. Cela d’autant qu’il porte sur des coupes historiques, soit 9,7 mbj pour les mois de mai et juin prochains, 7,7 mbj pour le second semestre de 2020 et 5,8 mbj de janvier 2021 à fin avril 2022. Les mesures prises par l’alliance «ne vont pas rééquilibrer le marché immédiatement», mais constituent «une première étape solide», a-t-elle salué, expliquant qu’«en amoindrissant le pic de l’offre et en ralentissant les gonflements de stocks, cela aide le système à absorber le pire de la crise».
Ceci étant, la réduction décidée par l’Opep+ pourrait augmenter à 19,5 mbj dans la cadre d’une coopération avec le G20, a fait savoir mardi le ministre saoudien de l’Energie, le prince Abdelaziz ben Salmane. Ce dernier a, selon les médias du pays, indiqué que des producteurs de brut du G20, en dehors de l’Opep+, ont promis des coupes de 3,7 mbj. Selon l’accord entre pays producteurs, Ryadh et Moscou vont couper 2,5 mbj chacun de leur production qui s’élevait à 11 mbj en octobre 2018. Mais le ministre de l’Energie, cité par Energy Intelligence, a indiqué que Ryadh allait couper 3,8 mbj de sa production actuelle de 12,3 mbj. D’autres pays du Golfe vont également davantage réduire leur production actuelle, a-t-il ajouté. «Donc, en réalité, ce que l’Opep+ va réduire à compter du 1er mai, c’est 12,5 mbj», a-t-il poursuivi.
L’AIE estimant pour sa part que cette baisse à 12,5 mbj devrait limiter la surabondance née de l’effondrement de la demande mondiale. De plus, le gonflement de leurs réserves pétrolières stratégiques par la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis, soucieux de profiter des cours très bas, devrait également aider le marché, explique encore l’agence basée à Paris. En somme, l’AIE prévoit que la demande pourrait redevenir supérieure à l’offre de brut au courant du second semestre, sur fond de forte réduction de la production, de gonflement des stocks et de rebond économique. Hier, l’impact attendu de l’accord de dimanche se faisait toujours désirer et le moindre signe d’une remontée des cours n’était perceptible ni sur le marché européen ni sur le marché américain. Bien au contraire, le baril de Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai est de nouveau descendu au-dessous des 20 dollars pour s’échanger à 19,66 dollars, perdant 2,34% par rapport à la clôture de mardi, à 19,66 dollars, peu après avoir touché 19,20 dollars, soit son plus bas prix depuis 2002.
Même tendance baissière à Londres où le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin s’échangeait à 28,54 dollars sur l’Inter Continental Exchange (ICE), soit un recul de 3,58%.
Une évolution confirmant de nouveau qu’en dépit de ses volumes historiques, l’accord de réduction de l’Opep+ reste insuffisant pour rééquilibrer le marché de l’or noir dans cette conjoncture d’effondrement sans fin de la demande. «Cette réduction représentait le minimum nécessaire pour stabiliser les prix, mais pas davantage», a estimé Jasper Lawler, analyste de LCG.<