Les prévisions pessimistes continuent à alimenter les rapports des institutions internationales chargées de suivre l’évolution du marché pétrolier. A commencer par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui, chacune de son côté, prévoit une baisse de la demande mondiale d’or noir en 2020.

Pour l’AIE, le recul serait de 8%, sous l’effet de la pandémie de Covid-19 qui a porté un coup aux secteurs consommateurs de cette énergie, et à leur tête le transport dont la navigation civile aérienne n’a toujours pas totalement redémarré. Pis encore, pour les pays producteurs, la demande mondiale verrait sa croissance s’arrêter dans les dix prochaines années, estime le directeur de l’AIE, Fatih Birol. «L’ère de la croissance mondiale de la demande de pétrole va prendre fin ces dix prochaines années », a-t-il affirmé, hier, lors d’une conférence virtuelle, ajoutant qu’en l’absence de grands changements dans les politiques des gouvernements, il ne voyait pas de signes d’un pic de la demande mondiale de pétrole », a déclaré M. Birol. Dans son rapport annuel publié hier, l’AIE indique ainsi que selon deux de ses scénarios -celui qui extrapole à partir des politiques et des engagements actuels et celui qui imagine une reprise économique plus tardive-, la consommation pétrolière doit certes atteindre un plateau au tournant des années 2030, mais sans entamer ensuite un déclin marqué.
Cette situation a alimenté des spéculations sur un possible pic pétrolier qui aurait peut-être été déjà atteint. Mais à court terme, «avec le rebond économique mondial, nous allons assister à un rebond de la demande pétrolière » en l’absence de décision politique, a insisté M. Birol, avant de relativiser l’impact des changements de comportements, en relevant que, par exemple, certaines habitudes -comme le recours plus important à la voiture individuelle- pouvaient en compenser d’autres -comme la baisse du transport aérien.
Sur le plan environnemental, l’agence américaine prévoit cette année une baisse de 7% des émissions de CO2 liées au secteur de l’énergie mais avertit également sur un rebond. Le monde est loin de faire assez pour mettre (ces émissions) sur le chemin d’un déclin structurel », a jugé M. Birol.
Dans la même logique du scénario pessimiste de l’AIE, l’Opep maintient ses prévisions de croissance de la demande pétrolière mondiale quasiment inchangées pour 2020. S’appuyant sur le risque d’une seconde vague de Covid-19, l’organisation table toujours sur une chute attendue de 9,5 millions de barils par jour (mb/j) pour atteindre 90,3 mb/j. Elle le fait savoir dans son dernier rapport mensuel publié hier, mais n’exclut pas, cependant, une augmentation des prix de l’or en cas d’un hiver froid. «Toutefois, l’hiver froid qui est prédit pourrait contribuer à une augmentation (des cours) dans l’hémisphère Nord », précise, à ce sujet, le cartel. Pour 2021, la demande a en revanche été revue à la baisse de 0,08 mb/j, et l’Opep attend désormais un rebond de 6,5 mb/j pour atteindre 96,8 mb/j. Cela reflète des perspectives de croissance économique plus faible, à la fois pour les pays développés de l’OCDE et les autres.
Du côté de l’offre, l’estimation de la production des pays extérieurs à l’Opep a été revue en hausse de 0,31 mb/j pour cette année, essentiellement en raison d’une reprise plus forte qu’attendu de la production d’hydrocarbures liquides aux Etats-Unis, fait savoir encore le rapport de l’organisation.