Les signes d’une forte régression de la demande mondiale de pétrole se font de plus en plus apparents à travers l’internationalisation du coronavirus et son impact sur la machine économique mondiale.
Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette régression devrait se chiffrer à 90 000 barils par jour (bpj) en 2020 comparativement à l’année 2019. Du coup, cette demande serait de 9,9 millions de barils par jour. Il s’agit d’une forte baisse par rapport aux prévisions initiales de l’agence qui tablait plutôt sur une hausse de 825 000 b/j.
Face à « l’extrême incertitude » qui plane sur le marché, l’AIE imagine aussi un scénario plus pessimiste, soit un recul de 730 000 bpj et un autre optimiste à travers lequel elle table sur une rétractation de 480 000 bpj. « Dans le scénario de base de l’AIE, la demande baisse cette année, pour la première fois depuis 2009, en raison de la contraction profonde de la consommation pétrolière en Chine et des perturbations importantes des voyages et du commerce dans le monde », indique l’agence basée à Paris dans son rapport mensuel.
« La crise du coronavirus affecte de nombreux marchés de l’énergie – y compris le charbon, le gaz et les renouvelables – mais son effet sur les marchés pétroliers est particulièrement grave parce qu’elle empêche les personnes et les biens de circuler, un coup dur pour la demande de carburants dans les transports », a souligné le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, dans un communiqué. « Cela est particulièrement vrai en Chine, le plus gros consommateur d’énergie au monde, qui a représenté plus de 80% de la croissance de la demande de pétrole l’an dernier », a-t-il souligné.
Les prévisions de l’AIE interviennent au lendemain de la réunion de l’Opep qui a vu les recommandations des pays de l’Opep portant sur une réduction supplémentaire de 1,5 mbj et la prolongation de l’accord en cours (-1,7 mbj) buter sur le refus russe, poussant l’Arabie saoudite à riposter dimanche en annonçant sa décision unilatérale de baisser ses prix pour livraison en avril tout en augmentant considérablement sa réduction.
En plus de prévoir un recul de la demande de brut, l’AIE ne cache pas son inquiétude des retombées de cette situation sur certains pays gros producteurs dont les équilibres financiers dépendent grandement de leurs ventes d’hydrocarbures. Sur ce registre, elle cite « l’Irak, l’Angola et le Nigeria ». « Je m’inquiète pour certains des gros pays producteurs de pétrole ; il y a d’énormes tensions sur l’équilibre financier de nombreux producteurs, alors que l’effondrement des cours du pétrole conduit leurs revenus à des plus bas historiques », a déclaré le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, lors d’un séminaire de presse sur Internet.
De leur côté, les analystes de Goldman Sachs n’hésitent plus à évoquer un baril de pétrole à 20 dollars, se référant à l’effondrement des prix déjà en cours. Hier, au premier jour de la semaine qui suit la réunion échouée de l’Opep+, l’or noir poursuivait sa dégringolade avec un baril de WTI retombé sous la barre symbolique des 30 dollars.