Plusieurs acteurs du marché pétrolier s’accordent à dire que les stocks pétroliers mondiaux pourraient s’épuiser rapidement au fur et à mesure que la demande augmente, mais la question qui revient à tous les niveaux est celle de savoir si l’Opep+ fournira suffisamment de brut.
Les stocks mondiaux fondent à vive allure, soit le rythme le plus rapide depuis deux décennies, à en croire les analystes de la banque américaine Morgan Stanley. Les prix évoluent quant à eux à des niveaux antérieurs au choc pandémique, tandis que la cadence de la production américaine a été ralentie par les deux épisodes de tempêtes hivernales. Ces indicateurs plaident, selon les analystes, en faveur de la nécessité d’une hausse de l’offre pétrolière. Les négociants s’attendent à ce que l’Opep+, dirigée par l’Arabie saoudite et la Russie, accepte d’augmenter sa production lors de sa réunion du 4 mars. Mais le doute reste omniprésent quant à la réaction de l’Alliance face aux appels incessants en faveur d’une hausse de la production, d’autant plus que la menace de la Covid-19 demeure grande. D’où la sortie récente du ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz Ben Salmane, qui a exhorté ses collègues producteurs à rester «extrêmement prudents». Si les producteurs venaient à écarter l’option d’une hausse de la production, les prix du pétrole connaîtraient une nouvelle hausse. Mais l’option ne sera pas sans conséquence sur le marché qui risque de faire face à une rupture entre l’offre et la demande ainsi que sur les parts de marché de l’Opep, qui se rétréciraient au bénéfice de ses concurrents. L’Opep+ a réussi jusqu’ici à sauver l’industrie pétrolière mondiale d’une récession sans précédent en réduisant la production lorsque la crise du coronavirus a frappé de plein fouet la demande mondiale. La stratégie a redonné des couleurs au Brent, référence internationale, qui a grimpé à 67 dollars le baril la semaine dernière, renforçant ainsi les revenus des économies en difficulté des producteurs. La production des 23 pays siégeant dans l’Opep+ continue de tourner au ralenti en application des mesures de réduction de l’offre ; laquelle réduction a été ramenée à un peu plus de 7 millions de barils par jour, soit environ 7% de l’offre mondiale après que l’alliance ait décidé d’augmenter son offre de 500 000 barils en février. Mais les Saoudiens se sont engagés à réduire leur production de 1 million de barils supplémentaires afin de compenser la hausse de 500 000 barils par jour concédée à certains producteurs. Cependant, les marchés mondiaux renouent depuis peu avec leur activité habituelle et risquent d’absorber la totalité de l’offre de l’Opep+, voire plus, avec une prévision d’une demande supplémentaire de 1,5 million de barils par jour.
La demande en Chine, le plus grand importateur mondial de pétrole, est de retour au-dessus des niveaux antérieurs au virus, alors qu’en Inde, autre client clé, prévient que les prix élevés compromettent la reprise économique mondiale. Propulsée par le froid, la consommation des carburants au Japon, quatrième consommateur de pétrole, a enregistré en janvier sa première hausse sur une année. Aux Etats-Unis, les stocks de pétrole brut et de produits raffinés sont revenus à des niveaux jamais observés depuis un an. Bien que la demande de carburants au profit du secteur de l’aviation reste déprimée, les achats des autres carburants ont explosé. Cependant, alors que la demande semble repartir à la hausse, les marchés à terme témoignent que l’offre pourrait se resserrer fortement. Le marché pourrait connaître un déficit en offre de 2 à 3 millions de barils par jour à terme. Les analystes de Goldman Sachs anticipent un Brent à 75 dollars le baril au troisième trimestre, tandis que le géant du trading Trafigura Group se dit «très optimiste» pour les mois à venir. Socar Trading SA, une unité de la société pétrolière publique azerbaïdjanaise, prévoit un baril à 80 dollars cet été et à trois chiffres d’ici deux ans. Certains analystes nourrissent la crainte qu’il y ait pénurie dans 12 mois si l’Opep+ venait à opter à nouveau pour le resserrement de l’offre. Tout se jouera lors de la réunion prévue ce jeudi. n