Par Adlène Badis
Ce vendredi sera probablement particulier dans l’histoire récente du mouvement populaire, depuis l’éclatement de la crise un certain 22 février. Pour le 45e vendredi du Hirak, le mouvement de contestation populaire devrait faire face à l’après-Gaïd Salah avec ses évolutions inéluctables. Alors que la crise politique est toujours en recherche de solution et les Algériens en demande d’un changement véritable. Les funérailles de Gaïd Salah, dignes d’un chef d’Etat, auront aussi démontré une adhésion d’une partie de la population, notamment attachée à une vision particulière du traitement de la crise. Le nom du défunt chef d’état-major aura ainsi rythmé durant les dix mois de la crise les processions des Algériens, scandant «une République civile et non militaire». Le mouvement de contestation a souvent «interpellé» le premier responsable de l’institution militaire et l’homme fort du pays après la chute de Bouteflika.
Le Hirak est, aujourd’hui, soudainement confronté à une nouvelle situation à la mesure de l’évènement. La disparition de Gaïd Salah pourrait bien constituer la fin d’une époque et le début d’une autre avec ses inconnues. Aujourd’hui, que Gaïd Salah n’est plus, les slogans du Hirak devraient «évoluer» et prendre comme interlocuteur une autre personnalité qui personnifiera le pouvoir. Le Hirak, toujours sans représentants attitrés mais réunissant toutes les catégories de la société autour des mêmes revendications ; et traduisant l’émergence d’une nouvelle conscience citoyenne et politique, poursuit son action pacifique. Ainsi une autre phase devrait commencer dans le rapport particulièrement difficile du pouvoir avec le Hirak. Ce dernier est obligé d’entamer une mutation dans ses revendications en adéquation avec les nouvelles donnes sur le plan politique à la tête du pouvoir. «Aider» le président Tebboune à entamer le processus de changement escompté serait probablement l’une des possibilités que pourrait entreprendre la crise. Dans sa première prise de parole post-élection, Tebboune avait affirmé «tendre la main» au Hirak, rappelant l’avoir à maintes reprises qualifié de «béni». Le nouveau chef d’Etat avait appelé, dans ce sens, à un «dialogue sérieux au service de l’Algérie et seulement l’Algérie» pour construire la «Nouvelle République», tout en s’engageant à opérer une «profonde réforme» de la Constitution devant être validée par un référendum populaire. Cette option de la réforme constitutionnelle devrait constituer sans nul doute le centre d’intérêt du futur gouvernement. En face, le mouvement de contestation serait inévitablement confronté à cette volonté de réforme avec ses possibles ouvertures, ou fermetures. Désormais, les regards sont assurément dirigés vers le président Abdelmadjid Tebboune qui se retrouve face à une situation inédite, voire non prévue. Celle de devoir ouvrir des voies de propositions inéluctables pour aller vers le dialogue avec les différentes sensibilités de la société. Des mesures de détente sont particulièrement attendues comme autant de gages de bonne volonté afin de faciliter un contact devenu inévitable. La mort de Gaïd Salah pourrait ainsi constituer un déclic pour aider à atténuer les «résistances».<