L’ambiance qui précède les marches du week-end, qui commence aujourd’hui, ne laisse point de doute sur le caractère particulier qu’aura le rendez-vous de demain, jour anniversaire de l’Indépendance et 20e semaine des manifestations pour le départ du système.

Sur les réseaux sociaux, les slogans et les appels se sont multipliés durant toute la semaine pour que les marches prévues dépassent en ampleur de mobilisation – mais aussi en tension en raison du déploiement sécuritaire attendu – toutes les précédentes depuis le 22 février 2019. Avant-hier soir, par exemple, on a assisté à l’appel lancé par sept personnalités, Abdelaziz Rehabai, Mostefa Bouchachi, Karim Tabou, Samir Belarbi, Fatiha Benabou, Nacer Djabi et Smail Lalmas, en l’occurrence, pour « la libération de l’homme». Sur invitation d’un groupe de jeunes réunis autour de l’initiative «Pacte pour la sauvegarde de la patrie», les signataires ont appelé le peuple algérien «à la sauvegarde du caractère pacifique de sa révolution, de son unité et de sa popularité». Tout en dénonçant « toutes les formes de déviation de la révolte populaire de sa voie pacifique», ainsi que « les arrestations et toutes formes de dépassements et de musèlement politique et médiatique», ils demandent au pouvoir «de prendre toutes les mesures et décisions menant à l’apaisement, comme une véritable expression pour l’ouverture du dialogue afin de sortir de l’impasse politique ». «Nous appelons l’ensemble des franges du peuple algérien à sortir massivement et en force
le jour de l’indépendance qui coïncide avec le 20e vendredi du Hirak, pour faire du
5 Juillet 2019 une consécration de la libération de l’homme, après la libération de la terre », ont-ils écrit.

Après la terre, «libérons l’homme»
De leur côté, les forces de « l’alternative démocratique » qui regroupent sept partis (FFS, RCD, PT, MDS, PST, UCP et PLD) en plus de la LADDH, ont décidé de marcher ensemble et appelé les Algériens à sortir en masse. «Nous avons décidé d’une action commune le 5 juillet 2019, qui coïncide avec le 57e anniversaire de l’indépendance nationale. A cette occasion, nous appelons les Algériennes et les Algériens à manifester massivement et pacifiquement pour exiger le départ définitif du système, la libération de tous les détenus politiques et d’opinion, l’arrêt de toutes les mesures répressives et le respect des libertés démocratiques», ont-elles indiqué dans un appel. Un autre appel venu du Réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques, invite l’ensemble des citoyens « à manifester en force ce vendredi 5 Juillet 2019 » et faire de cette journée « celle de la confirmation de l’attachement inébranlable du peuple à sa liberté et à sa souveraineté ». « Le hasard du calendrier inscrit symboliquement notre mouvement dans le cours inébranlable de l’histoire de notre peuple, et de son aspiration à la liberté », a écrit le Réseau.

Bensalah entre séduction et passage en force
En somme, ces initiatives politiques et associatives recensées, et il en existe beaucoup que nous n’avons pas citées ici dans ces colonnes aux mêmes objectifs, indiquent que ce 5 juillet, jour de fête de l’indépendance, sera le « D-Day » du Hirak et le nouveau marqueur d’un moment révolutionnaire algérien qui a commencé le 22 février dernier. En face, le pouvoir, lui, reste campé sur la « voie constitutionnelle » et ne voit de solution
possible que celle de passer par l’élection présidentielle «dans les plus brefs délais ».
Abdelkader Bensalah, dont le mandat intérimaire à la tête de l’Etat prend fin le 9 juillet, a, dans cette logique, reçu Noureddine Bedoui mardi, pour passer avec lui en revue « l’ensemble des dispositions qui seront incessamment mises en place dans la perspective de lancement d’un dialogue inclusif portant sur toutes les préoccupations concernant les prochaines élections présidentielles ». A ce sujet, un communiqué de la Présidence a parlé d’« une nouvelle approche » de nature « à permettre l’organisation du prochain scrutin présidentiel dans un climat d’entente et de sérénité ». En attendant de voir quel accueil sera réservé aux déclarations du chef de l’Etat par intérim, une certitude : celle d’un Hirak qui, après avoir réussi à mettre en échec le projet du 5e mandat de l’ancien président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika, maintient sans fléchir la pression pour le départ de tous les symboles de l’ancien régime et du système et l’amorce d’un processus démocratique réel. Il cherchera à faire de la journée de demain plus qu’une étape test de son parcours pré-révolutionnaire – terme convenu par des observateurs attentifs à ce qui se déroule dans notre pays -, une séquence historique d’ouverture au changement.