L’appel de la diplomatie algérienne intervient après l’attaque meurtrière qui a eu lieu à Tessit dans la zone des «trois frontières» à l’issue de laquelle une quarantaine de soldats maliens ont péri. Demain lundi, le président en exercice de l’Union Africaine (UA) se rendra pour quelques heures à Bamako pour discuter de sécurité et de politique avec le pouvoir militaire de transition.

Par Anis Remane
Suspendues depuis un mois, les rotations des contingents de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma) reprendront demain lundi avec un nouveau mécanisme d’approbation, a annoncé hier samedi le ministre malien des Affaires étrangères, une information confirmée par la Minusma. «La Minusma a marqué son accord sur les nouvelles procédures et les a communiquées à tous les pays contributeurs de troupes. Il n’y aura pas d’exception», a déclaré le ministre Abdoulaye Diop. «Il est prévu que les rotations recommencent dès ce lundi», a confirmé Myriam Dessables, porte-parole de la mission onusienne. Avant, «ils (les contingents) nous saisissaient directement. On a mis un terme à cela. Toutes les demandes doivent désormais passer par la Minusma qui doit les valider et transmettre aux Affaires étrangères par note verbale», a précisé le chef de la diplomatie malienne.
Les rotations des contingents militaires et policiers de la Minusma avaient été suspendues le 14 juillet 2022 pour une durée indéterminée en raison du «contexte de sécurité nationale» invoqué par le pouvoir militaire de transition au Mali. Vendredi 12 août 2022, ce dossier était la source d’une mésentente entre Bamako et Berlin, l’Allemagne ayant annoncé avoir décidé de suspendre «jusqu’à nouvel ordre» la majeure partie de ses opérations militaires au Mali dans le cadre de la mission de l’ONU, en dénonçant un nouveau refus de survol par les autorités maliennes.
«Le gouvernement malien a encore une fois refusé d’autoriser un vol prévu» qui devait assurer une rotation de personnel, avait expliqué un porte-parole du ministère allemand de la Défense. En conséquence, «nous suspendons jusqu’à nouvel ordre nos opérations de reconnaissance et les vols de transport par hélicoptère» car «il n’est plus possible de soutenir la Minusma sur le plan opérationnel», avait-il ajouté. Le refus de survol était intervenu malgré des assurances contraires de la part du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, lors d’un entretien téléphonique jeudi avec son homologue allemande Christine Lambrecht, avait-il également précisé. «Les Allemands doivent se conformer aux nouvelles procédures. Leur ministre de la Défense est allé vite en besogne pour annoncer la suspension de leurs opérations. Cela ne nous impressionne pas», a réagi M. Diop. «Notre ligne est claire. On ne transige pas sur les questions touchant à la souveraineté et à la sécurité nationales», a-t-il poursuivi.

Le président Macky Sall à Bamako
C’est dans ce contexte que le président en exercice de l’Union Africaine (UA), le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall, actuellement Président en exercice de l’Union Africaine, sera en visite officielle de quelques heures au Mali à partir de demain lundi 15 août avant de se rendre au Tchad. «Il s’agira d’une visite de travail de 3 heures de temps», a expliqué à l’agence de presse turque Anadolu une source malienne. Ce sera la première visite du président de l’UA dans le pays depuis la prise de pouvoir par le Colonel Assimi Goïta en mai 2021 et suspendu depuis par les instances panafricaines. Le contexte de la visite du président Sall est marqué également par un regain de violence des groupes armés au Mali. Mercredi 10 août 2022, les autorités militaires de la transition au Mali ont annoncé un deuil national de trois jours après avoir confirmé la mort dimanche 7 août de 42 soldats maliens lors d’une attaque attribuée à des jihadistes à Tessit dans le nord-est du pays, près des frontières du Burkina Faso et du Niger, un assaut au cours duquel l’armée a «neutralisé 37 terroristes».
C’est le plus lourd bilan officiel pour l’armée malienne depuis la série d’attaques fin 2019-début 2020 par le groupe Etat islamique de camps militaires dans cette même région des trois frontières. «L’enregistrement» par l’armée d’«opérations clandestines de survol d’aéronefs indique sans équivoque que les terroristes ont bénéficié d’appuis majeurs, y compris d’expertises extérieures», accuse le gouvernement malien de transition dans un communiqué.

L’appel d’Alger à une «riposte» antiterroriste africaine
La zone de Tessit, située du côté malien de la zone dite des «trois frontières», dans une immense région rurale non contrôlée par l’Etat, est fréquemment le théâtre d’affrontements et d’attaques. Les groupes armés affiliés à Al-Qaïda, rassemblés sous la houlette du GSIM, y combattent depuis 2020 le groupe EIGS, affilié à l’organisation EI. Les jihadistes cherchent à prendre le contrôle de cette zone stratégique et aurifère. L’armée malienne, installée dans un camp militaire à côté de la localité de Tessit, a également souvent été prise à partie dans cette région. En mars 2021, trente-trois soldats de la relève de Tessit avaient été tués dans une embuscade revendiquée par l’EIGS. Dans cette zone parfois appelée le «Gourma malien» opèrent également des Casques bleus de la mission de l’ONU au Mali.
Ces développements sécuritaires inquiétants se manifestent alors que le pouvoir militaire de transition à Bamako consolide sa relation militaire avec la Russie qui vient de lui livrer récemment du matériel militaire, confirmant un engagement stratégique dans le pays et faisant craindre une nouvelle fois une internationalisation de la crise malienne suivie d’une concurrence entre puissances étrangères. L’Algérie qui a condamné «énergiquement» les attaques terroristes à Tessit, «réitère son appel à une action vigoureuse et efficace aux niveaux régional et international pour l’élimination de ce fléau dont l’impact négatif sur la paix, la sécurité et le développement de l’Afrique ne cesse de s’aggraver». «Une riposte collective de l’Afrique, dans le contexte des décisions prises par le Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine à Malabo, et un rehaussement de l’effectivité du soutien de la Communauté internationale au bénéfice du Mali s’imposent plus que jamais à l’heure où le terrorisme redouble d’agressivité», lit-on dans le communiqué publié par la diplomatie algérienne. Ce sera sans doute l’un des aspects des discussions qu’aura demain lundi le président de l’UA, Macky Sall, avec les colonels au pouvoir à Bamako. n