Les exportations d’hydrocarbures devraient chuter à 17,7 milliards de dollars, contre 35,2 milliards dans la loi de finances initiale, bâtie sur la base d’un prix du baril de 50 dollars, et la balance des paiements devrait enregistrer en 2020 un déficit de 18,8 milliards de dollars contre 8,5 milliards de dollars dans les prévisions antérieures au krach pétrolier.

Les signaux d’une dégradation sensible de la situation financière du pays, effets du choc pétrolier et de la pandémie Covid 19, sont visibles dans la révision du cadrage macro-économique prévue dans la Loi de finances complémentaire (LFC) 2020, rapportée par l’APS. En effet, l’évolution des exportations hydrocarbures le premier trimestre 2020 montre une baisse très importante de nos entrées en devises. La valeur de ces exportations se sont situées à 2,894 milliards de dollars en janvier 2020, 2,121 milliards de dollars en février et 1,321 dollars en mars, soit au total 6,317 milliard de dollars engrangés en trois mois. Le prix du baril du Sahara Blend, la variété de brut algérien, est passé de 64,6 dollars en janvier, 57,5 en février et 31,29% en mars, soit une chute de plus de 50% entre janvier et mars 2020. Le prix moyen du baril algérien s’est situé à 51,52 dollars au cours du premier trimestre 2020. Sur la base d’un prix du baril de 30 dollars projeté dans la LFC 2020, contre 50 dollars dans la loi de finances 2020, les exportations d’hydrocarbures devraient chuter à 17,7 milliards de dollars en 2020, contre 35,2 milliards de dollars dans la LF initiale, soit une baisse d’environ 50% de nos entrées en devises tirées des exportations d’hydrocarbures. Suivant la trajectoire budgétaire de la LFC 2020, le déficit de la balance des paiements devrait se situer à 18,8 milliards de dollars, contre 8,5 milliards de dollars dans la LF initiale.
Cela signifie tout simplement une baisse plus importante du niveau de nos réserves de change qui devraient s’établir à 44 milliards de dollars fin 2020, contre 60 milliards de dollars début 2020, correspondant à un an seulement d’importation. Ce qui démontre la fragilité de la situation financière actuelle du pays. Les importations de marchandises devraient atteindre selon ces prévisions 33,5 milliards de dollars, en baisse de 4,7 milliards de dollars par rapport aux projections antérieures. Ce niveau d’importation par rapport aux exportations en chute libre explique principalement le déficit de la balance des paiements. Ce déficit est dû également au solde négatif de la balance des services, en dépit d’une baisse de 2,3 milliards de dollars. La LFC 2020 prévoit, en outre, une croissance négative : -2,63% contre une croissance positive de 1,8% % dans la LF 2020. Ce qui veut dire que l’économie algérienne connaîtra une récession en 2020, du jamais vu depuis de nombreuses années. Un signal de la crise économique que vivra le pays au courant du second semestre 2020.

Un déficit budgétaire à près de 2 000 milliards de dinars, celui du Trésor à près de 3 000 milliards de dinars !
Dans cette situation financière délicate, le budget de l’Etat dans la LFC 2020 s’avère très serré. En effet, les recettes prévisionnelles pour l’exercice 2020 s’élèvent à 5 395,5 milliards de dinars contre 6 289,7 milliards de dollars, soit une chute importante : près de 1 000 milliards de dinars (-15% environ) avec 1 394 milliards de dinars de recettes fiscales pétrolières seulement et 4 001,1 milliards de dinars d’entrées au titre de la fiscalité ordinaire. Les recettes fiscales pétrolières ne représentent qu’un peu plus d’un tiers des recettes fiscales globales contre environ 60% ces dernières années.
La LF 2020 avait prévu 2 200 milliards de recettes fiscales pétrolières. Quant aux dépenses dans ce budget, elles subissent une baisse de près de 6% passant à 7 372,75 milliards de dinars, contre 7 823,11 milliards de dinars dans la LF initiale dont 4 752,4 milliards de dinars pour le budget de fonctionnement et 2 620,3 milliards de dinars pour le budget d’équipement. Les dépenses de fonctionnement, selon la LFC 2020, baissent de 141 milliards de dinars, soit près de 3% en raison de la baisse des dépenses courantes de 150 milliards de dinars, contre une hausse des dépenses de 9 milliards de dinars destinés à couvrir la hausse du SNMG. Les dépenses d’équipement ont été réduites de 309 milliards de dinars (-10,5%) contre 2 927,7 milliards de dinars dans la LF 2020. Elles passent à 2 620,3 milliards de dinars. Il s’agit d’un signe de la cure d’austérité que compte appliquer le gouvernement Djerad.
Cette baisse aura des conséquences négatives sur le niveau de croissance tel que signalé précédemment et sur celui du taux de chômage. Le déficit budgétaire devrait se situer à -1 976,9 milliards de dinars (-10,4% du PIB) contre -1 533,4 dans la LF 2020 (-7,2% du PIB) et le déficit du Trésor, qui est le vrai déficit, est plus important : 2 954,9 milliards de dinars (-15% du PIB),contre -2 435,6 milliards de dinars dans la LF 2020 (-11,4% du PIB).
L’une des premières conclusions de cette révision du cadrage macro-économique est qu’il s’écarte très largement des objectifs du plan de riposte décidé par le Président de la République contre la crise financière née du krach pétrolier. Ce programme de réduction des dépenses se résumaient notamment en une baisse de 10 milliards de dollars des importations : de 41 à 31 milliards de dollars (33,5 milliards de dollars dans la LFC 2020), d’une baisse de 50% du budget de fonctionnement (- 3% dans la LFC 2020) et 7 milliards de dollars d’économies en devises dans les contrats de services. Cette résistance de la LFC 2020 montre que certaines dépenses sont incompressibles et que l’Algérie n’est pas encore prête à une telle rationalisation des dépenses publiques. Cela semble reporté à l’exercice 2021. Cependant, cette grisaille invite paradoxalement à l’optimisme en dépit de cette situation financière très difficile. L’Algérie dispose indéniablement d’assez de ressources humaines et d’intelligence pour surmonter la crise pour peu que la confiance soit rétablie et que les vraies compétences soient écoutées au plus haut niveau de l’Etat.