S’il y a bien un indicateur qui sonne l’alarme en cette période fort inquiétante de la pandémie de coronavirus en Algérie, outre la hausse significative des infections et des cas graves sous oxygène, c’est bien le nombre de décès qui ne cesse d’augmenter. Celui-ci, qui était de 5 cas au plus à la fin de mai dernier, une proportion dans laquelle il s’est maintenu pendant plusieurs mois, a plus que triplé pour atteindre 17 décès lundi dernier, ce qui représente une hausse de plus de 300%. Le nombre pourrait être plus inquiétant si la situation épidémique actuelle continue de se dégrader.

PAR INES DALI
Les professionnels de la santé notent que d’un côté, cette hausse est proportionnelle à la hausse des cas. «Plus on a de cas confirmés de Covid-19, plus on a de cas de malades graves et plus on a de décès», ont-ils expliqué. D’un autre côté, un autre facteur est venu s’ajouter dans l’équation de la situation déjà compliquée de cette pandémie qui dure depuis plus d’un et demi. C’est la survenue des variants, notamment le variant Delta qualifié de «mortel» par les spécialistes et qui circule en Algérie. Sa particularité est qu’il a une vitesse de propagation très rapide. «Le délai d’incubation est réduit et le malade passe à un stade grave de la maladie en deux, trois ou quatre jours seulement», selon la responsable du service Covid du Centre hospitalo-universitaire de Douéra, Dr Djamila Ait Yahia. Un bon nombre de ces cas graves se retrouvent en détresse respiratoire assez rapidement et ont besoin d’une oxygénation, s’accordent à dire les spécialistes, confortant les déclarations de leur consœur. Les services de réanimation affichent alors complet et des malades leur «filent entre les doigts», pour reprendre leur expression.
L’autre souci et qui n’est pas des moindres est la disponibilité de l’oxygène médical dans les hôpitaux. Avec la hausse importante des cas de malades en détresse respiratoire, la règle de la proportionnalité vient s’appliquer aussi. D’où les appels à un approvisionnent rapide et en quantités suffisantes pour satisfaire la demande qui va crescendo. «Les nouveaux cas qui arrivent dans les hôpitaux nécessitent de grandes quantités d’oxygène, étant donné que ce sont des cas graves dans une proportion largement supérieure à ce que nous avions avant», a déclaré le Pr Lyès Rahal.
«Il ne s’agit pas d’une pénurie, la matière existe, mais pas dans les quantités dont nous avons besoin actuellement, car la demande a augmenté rapidement dans les hôpitaux», a-t-il précisé, soulignant que «le problème auquel nous faisons face actuellement, c’est une utilisation de volumes d’oxygène très importants». Il illustre son propos en affirmant que les cas qui sont en train d’être traités actuellement nécessitent pas moins de «30 litres d’oxygène par minute, ce qui n’est pas négligeable».
A noter que les personnels du secteur de la santé, tous corps confondus, sont de plus en plus contaminés et continuent d’enregistrer des morts, d’où leurs appels incessants à la plus haute vigilance en ces temps de troisième vague. «Si nous, les soignants, tombons malades, qui va vous soigner après ?», a demandé Dr Aït Yahia à l’adresse des citoyens pour leur faire prendre conscience de la gravité de la situation. Cette gravité est matérialisée dans le fait que cette troisième vague ne ressemble ni à la première ni à la deuxième vague. A ce propos, les professionnels ont déjà averti, dès l’apparition des variants en Algérie et leur début de propagation, que si troisième vague il devrait y avoir, ce serait une troisième vague de variants, alertant que ces variants sont «plus dangereux que la souche mère» et leur dangerosité se vérifie dans «la rapidité de leur transmission» estimée jusqu’à «huit fois plus importante». Avec des services Covid et de réanimation saturés, avec un nombre de malades graves et de décès qui ne cesse d’augmenter, le triptyque préconisé par les spécialistes est le respect de gestes barrières, le confinement sur le plan individuel autant que possible, ainsi que la vaccination maintenant que les doses de vaccins sont disponibles et que tous les moyens sont mis en œuvre pour réussir la vaccination de masse.
Appréhension
à l’approche
de l’Aid El Adha
Pour les professionnels de la santé, la situation épidémique «grave» voire «dangereuse» était prévisible au vu de la baisse de vigilance. A la veille des fêtes de l’Aid El Adha, leur appréhension se fait encore plus grande sachant que les rassemblements familiaux sont une tradition immuable en pareille circonstance, ce qui est «favorable à la transmission du virus» et sachant aussi que «la plupart des cas Covid dans les hôpitaux ont été enregistré dans le milieu familial».
Dans ce cadre, l’association de protection des consommateurs El Amane appelle à l’instauration d’un confinement pour une durée de 8 jours à partir des deux jours de l’Aid El Adha, et ce, pour faire face à la propagation du Covid-19 en cette période cruciale de la pandémie. «A la suite des données faisant état de la hausse considérable des cas confirmés de Covid-19, l’association El Amane demande aux hautes autorités de prendre en urgence les mesures pouvant éviter d’aggraver la situation», a indiqué l’association dans un communiqué diffusé hier. Cet appel est motivé, dit-elle, par «le constat que les citoyens ne se conforment pas aux mesures préventives ni aux mesures édictées par la loi», en plus du fait qu’ils ne «répondent pas comme il se doit à la campagne de vaccination», a écrit l’association dans son communiqué.
L’association de protection des consommateurs poursuit en soulignant qu’elle propose, de «procéder à un reconfinement partiel pour une durée de huit jours après l’Aid», comme elle propose «la fermeture des salles de fêtes, l’interdiction des rassemblements ainsi que l’arrêt de toute activité accessoires». Elle a cité comme exemple «l’interdiction des plages, la fermeture des restaurants, avec indemnisation des propriétaires des commerces fermés».
Dans le monde, la situation continue également d’inquiéter. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que le variant Delta s’est actuellement propagé dans 111 pays et territoires. Ce qui est inquiétant, selon l’organisation onusienne, c’est la vitesse de propagation de ce variant comparativement à la souche mère. «L’intensité de la contagiosité de Delta a été multiplié par sept durant la période allant du 6 au 13 juillet». L’OMS affirme que le Sars-Cov2 poursuit sa propagation et se développe», et relève qu’il est maintenant «certain que les quatre variants Alpa, Beta, Gamma et Delta sont préoccupants en raison de leur forte contagiosité». Elle avertit que le variant Delta sera le plus prédominant dans le monde durant la prochaine période. <