La dégradation de la situation épidémique nécessite l’implication des tous les Algériens sur le plan individuel et collectif. C’est le message adressé tant de fois par les professionnels de la santé pour éviter le «scénario catastrophe» et qui, aujourd’hui, semble avoir un début d’écho. Outre les citoyens qui ont montré une adhésion à la vaccination plus importante après une certaine suspicion qui les a gagnés vers la mi-juin, les sociétés nationales se sont également mises de la partie en sensibilisant leurs employés et en leur proposant de se faire vacciner sur les lieux de travail.

PAR INES DALI
Mais le travail de sensibilisation est encore long et rien n’est encore gagné si l’on se réfère aux comportements qu’on continue d’observer tous les jours, faisant fi de tout ce qui est mesure de prévention : ni bavette ni distanciation physique partout, à quelques rares exceptions près. La prise de conscience qui commence à prendre forme quant à la gravité de la situation après que les contaminations eurent atteint un seuil critique est encore loin de ce qu’elle devrait être. Faut-il qu’il y ait plus de morts et de cas graves sous oxygène, que les hôpitaux ne trouvent plus où mettre les malades Covid ni où les réanimer pour que l’implication de tous soit palpable, citoyens et pouvoirs publics ?
Le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) n’a pas caché son «appréhension quant à la situation épidémique» actuelle en Algérie, surtout que les cas de variants sont en train de se multiplier – notamment le variant Delta mortel – n’épargnant aucune catégorie. Même les jeunes sont en train d’être contaminés et, selon les témoignages des spécialistes praticiens en charge des malades Covid, à l’image du Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik, les jeunes représentent une grande proportion parmi les malades de cette troisième vague de la pandémie du nouveau coronavirus.
«La situation épidémique risque d’exploser si des mesures urgentes ne sont pas prises dans un certain nombre de wilayas qui enregistrent une augmentation significative du nombre quotidien de contaminations et, partant, une saturation des lits dans les services Covid», a alerté le Dr Merabet. Qualifiant la situation d’«effrayante», il déclare ne pas exclure que le nombre d’infections atteigne «des milliers par jour dans une quinzaine de jours, car le variant infecte plus rapidement et bien plus de personnes que durant les vagues précédentes». Quelle marge de manœuvre reste-t-il alors pour sortir de cette situation de crise sanitaire aiguë et éviter le scénario de catastrophe pandémique qui guette l’Algérie, comme cela se passe en Tunisie voisine qui a enregistré 194 morts avant-hier ?
Sans hésiter, les professionnels de la santé indiquent que la solution est connue : respecter les gestes barrières, éviter les foules et se faire vacciner. A ce propos, les sociétés comme Sonatrach et Sonelgaz ont entrepris des démarches dans ce sens, après l’initiative de l’Union générale des travailleurs algériens et l’opération de vaccination qui s’est déroulée à la CNAS de Ben Aknoun (Alger) il y a quelques jours.

La vaccination de masse sur rails
La Société nationale des hydrocarbures a lancé une campagne nationale de vaccination au profit des travailleurs de toutes les unités de production et les unités opérationnelles à travers ses différents centres médico-sociaux. «Cette étape intervient après l’enregistrement d’une augmentation significative du nombre d’infections par le coronavirus et à la lumière de l’assurance des spécialistes que la vaccination reste la meilleure protection pour éviter l’infection par cette épidémie», a indiqué Sonatrach dans un communiqué. La société nationale d’électricité et du gaz, Sonelgaz, a également entrepris une campagne de sensibilisation et de vaccination. A titre d’exemple, à Constantine, des équipes médicales ont commencé à se déplacer, depuis samedi, dans différentes agences en vaccinant les travailleurs mais aussi les clients désireux recevoir l’anticoronavirus. Une démarche qui entre dans le cadre de la vaccination massive et qui devra se poursuivre pour toucher l’ensemble des travailleurs algériens, y compris dans les zones industrielles.
A propos de la vaccination de masse, il y a lieu de noter qu’après une certaine tiédeur, celle-ci a repris de plus belle au niveau des structures de santé et des vaccinodromes installés dans les places publiques, à l’instar de celui d’El Kettani à Bab El Oued (Alger). La responsable de ce vaccinodrome a indiqué, hier, qu’«une population importante vient recevoir l’anti-Covid-19, particulièrement depuis la hausse des contaminations», indiquant qu’il leur arrive de vacciner jusqu’à 350 personnes par jour. Elle a tenu à lancer, néanmoins, un appel à la population, les invitant à «ne pas céder au relâchement», insistant que «le port de bavette est important ainsi que la distanciation». «Evitez les grands rassemblements comme les fêtes, les grandes surfaces, la plage, pour ne pas dire restez confinés chez vous, car ce sont ces rassemblements qui font que les contaminations augmentent», a-t-elle estimé.
Concernant la polémique autour des vaccins anti-Covid-19, le Dr Lyès Merabet a mis en cause des «incursions sans valeur scientifique» qui travaillent à la dissuasion et remettent en cause les compétences des scientifiques algériens. «Il y a des pages et des comptes facebook suspects, à valeur scientifique inconnue, qui diffament nos experts, remettent en cause l’efficacité du vaccin et sèment la peur chez les Algériens. Les Algériens ne devraient pas les écouter», a-t-il affirmé. Il a souligné la nécessité de recourir à la vaccination, estimant que «nous nous dirigeons progressivement vers la vaccination obligatoire indirectement», expliquant qu’il y aura obligation pour les citoyens à avoir un carnet de vaccination pour l’accès dans des entreprises, des institutions, des espaces publics, des compagnies aériennes et des sociétés de transport.

La fermeté préconisée face au relâchement
Outre la vaccination, il a estimé qu’un certain travail doit être fait pour limiter l’épidémie dans les régions touchées, notamment dans les grandes villes comme Alger, Blida, Oran, Constantine et Sétif. Dans ce sens, il a appelé les pouvoirs publics à «mettre en œuvre les mesures de dissuasion» et à «mettre en place des protocoles sanitaires», soulignant que «si nécessaire, il faut revenir aux procédures de quarantaine pour limiter l’épidémie».
Dans ce sens, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé samedi une réunion des membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus consacrée à l’évaluation et à l’examen de la situation épidémiologique. Au cours de cette réunion, il a été décidé d’une «réactivation ferme des mesures préventives» et «l’accélération de la cadence de vaccination, seul moyen pour venir à bout de cette pandémie, tout en veillant à assurer une exploitation optimale du nombre de lits affectés aux patients Covid-19, et à augmenter leurs capacités d’accueil de 7% à 15%, notamment dans les grandes villes à l’image d’Alger, Oran et Constantine», selon un communiqué de la présidence de la République. Les ministres de l’Intérieur et des Transports ont été chargés de prendre des mesures préventives par le recours aux hôpitaux de proximité, et l’exploitation, en cas de nécessité, de l’hôpital navire dans les villes côtières, selon la même source. Etaient également présent à cette réunion les ministres de la Santé, de l’Industrie Pharmaceutique, de la Communication, le responsable du Commandant de la Gendarmerie nationale et le directeur général de la Sûreté nationale.