Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une hausse du déficit du compte courant à 12,6% cette année, contre 9,6% en 2018. Durant l’exercice écoulé, le déficit du compte courant de la balance des paiements s’est réduit de 22,06 milliards de dollars en 2017 à 16,74 milliards en 2018 en raison principalement de la réduction du déficit de la balance commerciale.

Cependant, le déficit de la balance commerciale a repris ses tendances haussières cette année, ce qui signifierait que le solde du compte courant devrait grimper cette année. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus les experts du Fonds monétaire international, dans leur rapport d’octobre 2019, actualisant les perspectives économiques mondiales d’avril dernier. La hausse du déficit de la balance des paiements devrait affecter négativement le solde des réserves de change, dont le déclin continu, amorcé depuis le second semestre de 2014, est intimement lié à la hausse chronique du déficit de la balance des paiements.
En effet, dans sa dernière note de conjoncture pour l’exercice 2018, la Banque d’Algérie a indiqué que « les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national, autrement dit, quasiment l’excès des importations de biens et services sur les exportations. Dans les faits, ces déséquilibres sont générés par les importants déficits des finances publiques ». La Banque centrale a précisé que la poursuite de l’érosion des réserves de change souligne « la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change.
Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services». Faute d’avoir investi dans les réformes auxquelles a appelé la Banque centrale, le déficit du compte courant de la balance des paiements devrait grimper à 12,6% cette année, correspondant à environ 20 milliards de dollars ; un déficit qui jouera assurément un effet corrosif sur le solde des réserves de change. Pour 2020, l’institution de Bretton Woods s’attend à ce que le déficit du compte courant de la balance des paiements baisse à 11,9%. L’organisation internationale n’attend plus que 2,6% de croissance du PIB réel de l’Algérie cette année. Pour 2020, le FMI table sur une baisse de la croissance du PIB réel algérien à 2,4%, mais les prévisions pour 2024 sont pour les moins sombres avec, au tableau une croissance du PIB de 0,8% seulement.
Sans l’ombre d’un doute, les coupes budgétaires drastiques qui ont touché le budget d’équipement pour 2020 et le ralentissement qui affecte le secteur privé expliquent en partie la baisse de la croissance attendue pour 2020. Quant à l’évolution des prix à la consommation, le FMI s’attend à une inflation de 2% cette année avant que le taux n’augmente sensiblement en 2020 à 4,1% et à 8,7 en 2024. La baisse du budget d’investissement aura aussi un impact considérable sur l’emploi, puisque le FMI prévoit une hausse du taux de chômage à 12,5% cette année et à 13,3 en 2020. Outre le déclin de l’investissement public qui, faut-il le souligner, faisait l’essentiel de la croissance de ces dernières années, le secteur privé connaît d’importantes difficultés depuis quelques mois. Le secteur du BTPH, qui réalisait une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années, a recensé une disparition de quelque 50 000 entreprises ces derniers mois, alors que les industries agroalimentaires, en guise d’exemple, pédalent dans la semoule en enregistrant une perte d’environ 70% du chiffre d’affaires. Ce sont des milliers de salariés qui viendront renforcer les rangs des chômeurs dans les prochains mois.n