Abdelmadjid Tebboune, vainqueur de la dernière élection présidentielle, doit prêter serment aujourd’hui. Il prendra le pouvoir dans une conjoncture politique et économique des plus délicates. Si au plan politique, le président a planté le décor du dialogue politique avec le Hirak, annoncé lors de sa première conférence de presse post-élection, le président élu doit apporter des solutions urgentes à une situation économique qui vire au rouge vermeil.

Abdelmadjid Tebboune, qui a remporté cette élection avec un taux de 58,13%, prendra ses fonctions de président de la République juste après la prestation de serment, conformément à l’article 89 de la Constitution, qui stipule que « le président de la République prête serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la nation, dans la semaine qui suit son élection. Il entre en fonction aussitôt après sa prestation de serment ».
Abdelmadjid Tebboune prendra le pouvoir dans une conjoncture politique et économique des plus délicates.
Si au plan politique, le président a planté le décor du dialogue politique avec le Hirak, annoncé lors de sa première conférence de presse post-élection, le président élu doit apporter des solutions urgentes à une situation économique qui vire au rouge vermeil. La nomination d’un Premier ministre, probablement dès la semaine prochaine, donnera un avant-goût de ce que sera l’action du président.
La composition du prochain Exécutif sera un autre indicateur que le président est à l’écoute des maux dont souffre l’économie du pays. Quelques tendances de ce que sera sa future action peuvent d’ores et déjà être tirées de sa première conférence de presse, régulation du commerce extérieur au moyen de la lutte contre la surfacturation, libération de l’acte d’investissement, lutte contre la corruption et l’évasion fiscale, séparation de l’argent du politique. Certes, ces quatre dossiers auxquels tient encore mordicus le président étaient d’ailleurs les siens, il y a de cela deux années, lorsqu’il avait hérité des fonctions de Premier ministre, mais ils ne sauraient être l’unique réponse à une économie qui chavire dangereusement.
Lorsqu’il a fallu s’atteler aux travaux pratiques, c’est-à-dire mettre en place les mesures de réorganisation du commerce extérieur, de lutte contre le surfacturation et le transfert illicite de devises vers l’étranger, de combattre les indus avantages attribués à une poignée d’hommes d’affaires… l’ex-Premier ministre, qui est aujourd’hui le président de la République, n’avait pas les coudées franches et son action est tombée aussitôt à l’eau.
A peine élu, Abdelmadjid Tebboune est revenu à la charge, remettant sur la table ce qui sera sa solution pour tenter de réduire le déficit de la balance des paiements et la fonte accélérée des réserves de change. Selon lui, 20 à 25% de la facture d’importation sont un pur produit de surfacturations.
De son point de vue, la facture d’importation ne doit donc aucunement excéder les 30 milliards de dollars, pour peu que le phénomène de la surfacturation soit endigué. Cette ferme volonté de ramener la facture d’importation à environ 30 milliards de dollars serait un bon début pour son action de rééquilibrer les comptes extérieurs et, par la même, réduire la pression sur les réserves de change, dont le solde est inférieur à 70 milliards de dollars. Ce ne sera assurément pas l’unique feu auquel sera confronté Abdelmadjid Tebboune, puisque les positions financières internes et externes se sont beaucoup fragilisées depuis 2014, date durant laquelle le marché pétrolier a connu un dangereux et brutal retournement de situation. La croissance du PIB réel a fortement ralenti sous l’effet de la baisse des dépenses d’équipement, mais aussi celle de l’activité dans le secteur privé. La hausse du taux de chômage dès 2020 est à craindre. Le président n’aura de choix que de reprendre les opérations d’assainissement des finances publiques et la remise sur rails des réformes économiques et budgétaires abandonnées dès 2017.
Il est tout aussi important que le prochain gouvernement travaille pour l’émergence d’un nouveau modèle de croissance ne reposant pas uniquement sur la rente mais qui privilégie le secteur privé. Il est peu possible, au vu de la situation financière actuelle, que l’économie puisse compter sur le financement budgétaire pour continuer à créer des emplois et de la richesse.
D’autant plus que les dépenses d’équipement ont été réduites de 20,1% au titre des arbitrages budgétaires pour 2020, alors que le gouvernement des affaires courantes a pris une option claire en faveur de l’endettement extérieur. Pour ainsi dire, d’importants chantiers attendent le nouveau président au plan économique, à commencer par la réduction des déficits extérieur et courant, la redynamisation de l’activité économique, quêter des moyens de financement de l’économie, la relance des réformes économiques et budgétaires…