Les comptes de la Caisse nationale des retraites (CNR) devraient être sévèrement affectés par la crise sanitaire liée au Coronavirus, laquelle s’est traduite par le rétrécissement de l’assiette cotisable du fait de la hausse du taux de chômage et des pertes d’emplois recensées en 2020.

Par Hakim Ould Mohamed
Cette année, la CNR pourrait afficher un déficit de près de 700 milliards de dinars, en hausse par rapport au précédent exercice, où les prévisions tablaient sur un déficit de 680 milliards de dinars. Le creusement du déficit est dû, assurément, à une conjoncture socioéconomique en nette détérioration courant 2020, où le marché de l’emploi était durement affecté par l’absence de débouchés aux milliers de demandeurs et des centaines de postes de travail perdus suite au ralentissement de l’activité économique. Encore une fois, les chiffres fournis par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale sont sans appel. Jeudi, lors d’une plénière au Conseil de la nation, El Hachemi Djaaboub a dit s’attendre à ce que le déficit de la CNR s’élève à près de 690 milliards de dinars courant 2021, soulignant que ce déficit est devenu à caractère structurel dès 2013 suite à la rupture de la norme cotisants/retraités. Les dépenses de la CNR commençaient alors à devenir problématiques, atteignant un record de 1 293 milliards de dinars en 2019, contre des recettes de 709 milliards de dinars, soit un déficit financier de 584 milliards de dinars. Les recettes de la Caisse nationale des retraites se sont élevées à 762 milliards de dinars en 2020, contre des dépenses estimées à 1 402 milliards de dinars, injectées essentiellement dans la couverture des pensions et allocations de retraite directes et indirectes au bénéfice de 3,3 millions de concernés. Le déficit au titre de l’exercice 2020 s’est ainsi élevé à 640 milliards de dinars et devra atteindre 690 milliards de dinars courant 2021, à en croire le ministre du Travail. Ce chiffrage s’avère provisoire car pouvant atteindre 900 milliards de dinars selon certains spécialistes qui disent tabler sur un effet pervers de la situation de crise que connaît le marché de l’emploi depuis début 2020, voire depuis le second semestre de 2019. Ces données n’ont donc rien d’étonnant car elles convergent avec les tendances relevées dans d’autres champs, dont celui de l’emploi, mais aussi celui lié à l’ampleur de l’économie informelle qui prive la Cnas et la CNR d’importantes ressources. Qu’on le veuille ou pas, le rétrécissement de l’assiette cotisable est due, en partie, aux centaines de milliers de salaires non déclarés des circuits invisibles de l’économie.

Pas de retraites anticipées et sans condition d’âge
Pour remédier à cette situation, le gouvernement ne compte bien évidemment pas faire la guerre à l’informel, mais semble reprendre les vieilles recettes, à en croire El Hachemi Djaaboub, dont le recours au système solidaire qui consiste en l’octroi par la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (Cnas) et la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac) d’un soutien financier à la CNR. Le ministre a rappelé également l’engagement de l’Etat en faveur de la Caisse, citant l’exemple d’une dotation de 500 milliards de dinars en 2018 sur le budget de l’Etat ainsi que les crédits sans intérêts octroyés par le Fonds national d’investissement (FNI) ; ceux-ci étaient d’un montant de 620 milliards de dinars en 2019 et de 680 milliards de dinars en 2020.
Le ministre a reconnu qu’en dépit de toutes les mesures prises, «la CNR n’a pas été en mesure de corriger le déficit structurel dont elle pâtit, dû essentiellement à la hausse du nombre de bénéficiaires de la retraite, notamment ces dernières années, contre une stabilité ou une contraction du nombre des cotisants», faisant état du recensement de 2,2 cotisants pour un seul retraité, alors que l’équilibre budgétaire requiert 5 cotisants pour un seul retraité. Le ministre a souligné, sur sa lancée, que la situation démographique de l’Algérie «ne permet pas d’atteindre le taux escompté pour réaliser cet équilibre en la conjoncture socio-économique qui a été accentuée par la propagation du virus de la Covid-19, en sus de l’aggravation du phénomène du non-versement des cotisations à la Sécurité sociale». Ce qui requiert, a-t-il ajouté, «de revoir les mécanismes et les modalités de recouvrement et les mesures coercitives y afférentes». Cette situation, dont parle El Hachemi Djaaboub, ne plaide pas en faveur d’un retour aux retraites anticipées et sans condition d’âge. Il a ainsi écarté, de manière catégorique, le retour à la retraite proportionnelle et à la retraite sans condition d’âge, dans ce contexte économique difficile que traverse le pays. «En la conjoncture économique actuelle du pays, j’écarte le recours à la retraite proportionnelle et à la retraite sans condition d’âge qui a été créée en 1997, comme dispositif exceptionnel conjoncturel, en vue de faire face aux répercussions du plan d’ajustement structurel imposé par le Fonds monétaire international (FMI)», a indiqué le ministre.