La frontière algéro-libyenne a été le théâtre, ces deux derniers jours, d’un exercice militaire à balles réelles mené par l’Armée nationale, sous la supervision du général de corps d’armée, le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah.

En visite à la 4e Région militaire, il a pris part au niveau du champ de tir et de manœuvres du secteur opérationnel sud-est Djanet, en compagnie du général-major Chérif Abderrezak, commandant de la 4e  RM, à l’exécution d’un exercice tactique avec munitions réelles, effectué par quelques unités du secteur, appuyées par des hélicoptères de soutien de feu, intitulé «Sous-groupement tactique faisant face à une attaque non-conventionnelle». Comprendre qu’il ne s’agit pas de simulation d’un combat régulier contre une armée régulière, mais plutôt d’un combat adapté à une situation d’incursion de groupes terroristes éparses qui pourraient provenir depuis la frontière d’un pays en guerre comme la Libye. Et le choix de cette zone pour cet exercice militaire n’est pas fortuit : la région est considérée par l’état-major comme stratégique à caractère géostratégique instable. Le timing non plus ne semble pas être le fruit du hasard : le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Libye et chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul), Ghassen Salamé, est à Alger depuis samedi, et sans doute a-t-il été le « témoin », au moins à travers les médias, des capacités militaires de l’Algérie dans cette zone, frontalière d’une Libye ravagée par une guerre fratricide et tribale. Au moins 8 personnes ont été tuées ces dernières 48 heures lors de combats entre tribus rivales à Sebha, une ville du sud de la Libye, à 800 kilomètres de Djanet.
Il est aisé de comprendre les motivations de l’Armée nationale populaire et l’intérêt que cette dernière accorde à atteindre un haut niveau de préparation au combat et de vérifier, lors de ce genre d’exercice, la qualité du matériel utilisé et le degré de maîtrise de son utilisation par ses éléments, ainsi que de tester le niveau de conduite de la bataille dans son scénario le plus proche de la réalité. Et la réalité, c’est un sud libyen bouillonnant, où plusieurs villes, entre autres Sebha et Koufra, sont régulièrement pointées du doigt pour abriter dans leurs rangs des combattants étrangers. Il s’agit, plus que tout, pour l’armée nationale de protéger «nos frontières, toutes nos frontières, de tous les risques, les menaces et les fléaux». Ce que l’Algérie redoute, ce sont les multiples milices et les relations conflictuelles entre les factions de l’Est et de l’Ouest de la Libye qui exacerbent la situation sécuritaire, et impacter sur les pays voisins, comme la Tunisie ou l’Egypte, permettant le mouvement des terroristes étrangers. Il est vrai aussi que le traumatisme de l’attaque de Tinguentourine, en 2013 à In Amenas, reste encore vivace dans les mémoires, et l’état-major cherche à prévenir ce genre d’attaque non conventionnelle venue des frontières libyennes justement. D’où la nécessité de s’entrainer à ce genre d’exercice. Celui effectué à Djanet a été exécuté dans le respect des horaires fixés et dans toutes ses phases, avec une grande rigueur, ce qui a été mis en évidence par l’exactitude avec laquelle les cibles ont été atteintes. Cela confirme clairement le degré de préparation, d’élaboration et d’exécution de cet exercice, ainsi que le haut niveau de professionnalisme que les éléments des forces armées ont atteint en termes d’exécution des actions de combat, se félicite le ministère de la Défense nationale.
Quoi qu’il en soit, le général de corps d’armée n’a pas manqué de saluer les éléments ayant exécuté l’exercice, et de mettre en exergue les efforts laborieux qu’ils fournissent, de jour comme de nuit, au service de la protection des frontières. «La ferme détermination, la volonté d’acier et la persévérance à réussir les missions assignées, dont le Haut commandement de l’Armée nationale populaire n’a cessé d’exprimer, sous l’égide du Commandement et des orientations du président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, pour que l’ANP, digne héritière de l’Armée de libération nationale, demeure à jamais un exemple de puissance et de rigueur de combat et un symbole de réussite et de triomphe», a écrit à ce sujet le ministère de la Défense nationale.