L’étude du marché algérien du médicament initiée par le Conseil de la concurrence et l’observation qu’elle contient sur les « restrictions » à l’importation ne passent décidément pas. Mieux, elles relancent le débat sur ses grands enjeux, dont celui de la production nationale et de son avenir face aux géants mondiaux et les parts qu’ils veulent prendre. Un combat de David contre Goliath dans lequel l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie s’engage, bannière au vent, pour défendre un investissement, un savoir-faire et de l’emploi chèrement acquis.

Mardi, 16 février, l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) a réagi à l’étude initiée récemment par le Conseil de la concurrence et aux recommandations qu’elle contient dans ce document réalisé entre 2015 et 2019 et intitulé «la concurrence dans le secteur algérien du médicament». En gros, l’Union des producteurs algériens du médicament s’élève contre le reproche ou l’accusation selon lesquels il est fait mention des «restrictions aux importations» des produits pharmaceutiques en Algérie. Elle soulève en vérité le véritable problème auquel est confrontée l’industrie pharmaceutique nationale : un secteur naissant, très combatif malgré les contraintes auxquelles ses opérateurs sont confrontés, et faisant surtout face à de grands acteurs mondiaux, dont la puissance d’investissement et de contrôle des marchés ne lui permet pas le développement souhaité. Surtout en l’absence de mesures de protection de l’outil national !
Et c’est en faveur de ce parapluie que l’UNOP plaide dans son communiqué, affirmant que ce sont les restrictions aux importations qui ont permis cette industrie algérienne naissance et «une réelle concurrence entre les fabricants nationaux». Dans ce combat de David contre Goliath, ce sont les clauses de réduction de l’importation des produits pharmaceutiques mises en place par l’Etat qui ont permis à ces producteurs algériens de fabriquer du médicament et de faire en sorte que le marché algérien échappe «à l’emprise des grands laboratoires pharmaceutiques multinationaux» et d’aménager un réel espace de concurrence interne par la fabrication nationale. «Le marché pharmaceutique mondial est contrôlé par de puissantes compagnies à dimension multinationale, dont les ramifications s’insinuent partout et imposent leur influence dans le tissu économique de tous les pays, y compris les plus développés», rappelle l’UNOP.
L’Union insiste sur le fait que «les quelques dizaines de petits producteurs (…) ne doivent leur survie qu’à la protection solide du marché interne et aux restrictions sévères que les autorités publiques appliquent de manière résolue depuis 2008 à nos importations de médicaments».
«Ce sont ces restrictions qui ont permis à notre marché d’échapper à l’emprise des grands laboratoires pharmaceutiques multinationaux et d’aménager un réel espace de concurrence interne par la fabrication nationale, avec à la clé près d’une centaine de producteurs, des milliers de techniciens locaux compétents qui maitrisent de mieux en mieux le savoir-faire et les technologies pharmaceutiques et, surtout, des prix du médicament parmi les plus bas de la région», ajoute-t-elle dans son communiqué.
L’UNOP réaffirme par ailleurs sa «ferme conviction» quant au lien «intime» qui lie «l’exercice sain de la concurrence et le développement de notre industrie pharmaceutique, comme du reste celui de l’économie nationale dans son ensemble». Elle fait néanmoins savoir «qu’il demeure nécessaire de toujours garder à l’esprit que le libre jeu de la concurrence n’est jamais un processus neutre et qu’il doit servir au premier chef la défense et la promotion de la production locale». Et de riposter que «la mise en oeuvre des recommandations de l’étude de l’UE, en revenant sur ces restrictions salutaires, remettraient notre marché dans sa configuration d’il y a 20 années, avec moins de producteurs, moins de concurrence et des prix plus élevés».
Selon l’Union, les constats relevés par l’étude de l’UE concernent des cas de positions dominantes ou oligopolistiques, des cas de conflits d’intérêts et des situations de pénuries liées à l’inadéquation offre-demande. Il n’y a «aucun inconvénient à ce que de tels dysfonctionnements de notre marché soient traités et qu’ils puissent être éliminés dans le cadre des travaux de l’institution nationale en charge de la concurrence», conclut-elle.
Dans un communiqué publié le 10 février dernier, le Conseil de la concurrence avait déclaré que l’objectif de l’étude qu’il avait initié «vise, à travers ses recommandation, à améliorer le fonctionnement concurrentiel du secteur pharmaceutique et n’entend en aucun cas juger les conduites des opérateurs ni d’émettre des sanctions à leur encontre», tout en précisant, que les acteurs concernés «peuvent les prendre en charge ou les ignorer si elles s’avèrent peu pertinentes et incompatibles avec les politiques adoptées en la matière». C’est tout le sens du communiqué de l’UNOP et de la réponse qu’il contient.