La décision de la levée du confinement partiel à domicile pour dix-neuf wilayas dont la situation sanitaire connaît une nette amélioration, si elle reflète d’une façon générale une maîtrise de courbe épidémique dans ces wilayas, a néanmoins suscité quelques interrogations de la part des observateurs.

Ces derniers se demandent comment des wilayas à faible contamination restent sous confinement partiel et d’autres qui sont parmi les dix premières les plus touchées par le coronavirus se retrouvent parmi celles qui ont bénéficié de la levée de confinement.
L’exemple est donné, à titre illustratif, par les wilayas de Sétif et de Batna. La première est classée quatrième (selon le bilan de mardi) à l’échelle nationale en termes de nombre total des cas confirmés avec 10 nouveaux cas enregistrés mardi. La deuxième est classée cinquième à l’échelle nationale avec pas moins de 24 cas mardi. Dans les faits, il ne s’agit pas de se baser sur le seul nombre de contaminations pour déconfiner, mais il y a d’autres critères qui sont également pris en considération, selon les explications du Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus.
«Pour déconfiner, il y a plusieurs critères. Il y a le nombre de cas dont il est tenu compte, mais il y a aussi l’activité virale en elle-même», dit-il, avant d’ajouter que «le mode de vie à Sétif ou à Batna n’est pas le même que celui d’Alger ou des autres grandes villes côtières, notamment en été». Il poursuit en expliquant que s’il n’y avait pas les horaires de couvre-feu qui court de 23 heures à 6 heures du matin à Alger ou à Annaba par exemple, «il y aurait des gens qui veilleront pratiquement toute la nuit dehors, des gens qui iront à la mer, etc. Tandis qu’à Sétif ou à Batna, il n’y a pas la mer où les gens pourraient veiller et avec la chaleur qu’il y a, c’est clair qu’il n’y aura pas grand monde dehors le soir. Donc finalement, s’il y a maintien du confinement partiel à Alger, Annaba et Oran et même dans d’autres villes, c’est pour limiter les mouvements de foules le soir et le risque d’une plus grande circulation du virus».

Risque plus grand dans les villes côtières l’été
«Dans les grandes villes côtières surtout, il y a une vie nocturne, ce qui permet une multiplication des risques, une grande activité virale. D’où, le déconfinement obéit à des critères non seulement relatifs au nombre de cas, mais aussi à la population et au risque qui est moindre», résume Dr Bekkat Berkani.
Il étaye son propos en indiquant, concernant le nombre de cas dans les deux wilayas données en exemple, que «le risque est actuellement moins élevé à Sétif et à Batna», et ce, même si elles sont classées quatrième et cinquième à l’échelle nationale, car il faut garder en mémoire que «ce sont les cas cumulés depuis le début de la pandémie» vers la fin de février dernier. De même qu’il faut se rappeler, selon notre interlocuteur, qu’«à Sétif, les cas ont explosé d’un seul coup, ce qui a conduit les autorités locales à prendre des mesures qui ont fini par aboutir petit à petit à une décrue», dont le résultat est perceptible aujourd’hui comparativement à juillet et début août. Ce qui a permis le déconfinement de la capitale des Hauts-Plateaux et autres, «ce n’est pas le résultat d’un, ou deux ou trois jours, mais le résultat réalisé sur les quinze derniers jours et ceux-ci démontrent que Sétif est dans une tendance baissière», a-t-il encore dit, relevant que «dans les autres grandes villes, le gouvernement n’a gardé que le confinement nocturne» pour les raisons susmentionnés.
Il y a lieu de noter, par ailleurs, que la wilaya de Tizi Ouzou est repassée sous confinement partiel à domicile, de 23 heures à 6 heures, alors qu’à une certaine période de la pandémie elle avait figuré parmi les wilayas ayant bénéficié d’une levée total du confinement. Ces derniers jours, elle enregistre de plus en plus de cas. Dans le bilan de mardi, elle s’est classée première avec 57 nouveaux cas.
«Ne pas brader la sécurité sanitaire et les acquis»
Concernant le transport interwilayas, dont la reprise n’a pas encore été autorisée, le président du Conseil de l’Ordre des médecins reste prudent et estime que «déconfinement doit rester progressif». «S’il y a, par exemple, un cluster qui apparait dans une ville donnée, et que les gens venus d’un peu partout de cette ville montent dans le même bus, y passent plusieurs heures ensemble…, s’il y a parmi les voyageurs des cas asymptomatiques ou même un seul, le bus, une fois arrivé à destination, aura transporté en même temps et les voyageurs et la maladie», a déclaré Dr Bekkat Berkani, estimant qu’il faudra «libérer progressivement les transports car c’est la base de toute activité. Mais seulement il faudra rester prudent».
«Du moment que nous sommes dans une tendance baissière, il nous faut la préserver et ne pas se relâcher. Tout le monde dit que le confinement a assez duré, même le président de la République, mais seulement, nous ne pouvons pas brader la sécurité sanitaire et tous les acquis que nous avons pu avoir. Les Algériens qui appréhendent mieux qu’avant les risques l’épidémie doivent persévérer et respecter les gestes barrières afin de pouvoir revenir à une vie normale», conclut le membre du Comité scientifique. n