Entre la mutation des
Big Oil qui orientent leurs investissements vers les énergies propres et le déclin à la fois des investissements dans le secteur des hydrocarbures et ses réserves en énergies fossiles, l’Algérie est plus que jamais forcée d’agir.

Par Hakim Ould Mohamed
Confrontée de plus en plus aux retraits des compagnies pétrolières et gazières, le dernier en date étant l’annonce faite par BP qui négocie la vente de ses actifs algériens à ENI, l’Algérie n’a de choix, désormais, non seulement de hâter le processus d’élaboration des textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, mais surtout d’avancer plus sérieusement dans sa transition énergétique. D’autant plus que les majors pétrolières et gazières auxquelles la nouvelle loi est destinée se désengagent de plus en plus des énergies fossiles, alors que les réserves algériennes en hydrocarbures conventionnels devraient évoluer à la baisse dans les années à venir. L’Algérie est ainsi confrontée à un double dilemme ; entre la mutation des Big Oil qui orientent leurs investissements vers les énergies propres et le déclin à la fois des investissements dans le secteur des hydrocarbures et ses réserves en énergies fossiles, le pays est plus que jamais contraint d’agir. C’est assurément une période difficile que traverse le secteur du pétrole et du gaz dans le monde. Mais aussi en Algérie. Et bien que les principales économies exportatrices de pétrole du monde ne soient pas nécessairement dans le collimateur environnemental comme le sont les majors pétrolières et gazières, le changement de leurs stratégies en faveur des énergies renouvelables pourrait avoir un effet dévastateur sur ces économies dépendantes du pétrole. Lors d’un sommet virtuel sur le climat, ayant eu lieu le mois dernier, réunissant 41 dirigeants mondiaux, le président américain Joe Biden a dévoilé un ambitieux plan pour le climat qui propose de réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis de 50 à 52 % d’ici 2030. La semaine dernière, certains des plus grands poids lourds du secteur pétrolier et gazier mondial, dont Chevron, Exxon Mobil, Dutch Shell, ont été sérieusement mis en demeure quant à l’impératif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre plus drastiquement et plus rapidement qu’ils ne l’avaient prévu auparavant. Ces majors n’ont pas tardé à s’y conformer ; Shell s’engageant à réduire ses émissions de de 20 % d’ici 2030 et à zéro d’ici 2050. Preuve en est que la transition énergétique s’accélère dans le monde, mettant à rude épreuve les économies dépendantes du pétrole et du gaz. Selon l’AIE, les pays où les exportations d’hydrocarbures représentent une grande partie du PIB seront probablement les plus durement touchés. Les pays les moins résilients – dont les revenus de la vente de combustibles fossiles n’ont pas été gérés de manière adéquate pour diversifier leurs économies – devraient subir également «les effets pervers» de la transition énergétique. La Banque mondiale a désigné l’Irak, la Libye, le Venezuela, la Guinée équatoriale, le Nigéria, l’Iran, la Guyane, l’Algérie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan comme les pays producteurs de pétrole les plus vulnérables en raison de leur forte exposition au secteur pétrolier et gazier et de leur déficit en diversification. Cette accélération de la transition énergétique dans le monde et le désengagement progressif des majors des énergies fossiles risquent d’aggraver la situation de désinvestissement dont souffre le secteur des hydrocarbures en Algérie. L’annonce de BP de vouloir se désengager de ses investissements en Algérie au profit de ENI est venue succéder au feuilleton Total-Anadarko, portant sur la volonté du groupe français de racheter les actifs algériens de la firme américaine.
La question qui se pose désormais est celle de savoir si les négociations ENI-BP connaitraient le même sort que les pourparlers Total-Anadarko, alors que la conjoncture, marquée par une baisse des investissements dans le secteur de l’énergie, ne plaide aucunement pour une quelconque opposition à cette transaction. En même temps, le gouvernement est sérieusement mis en demeure quant à l’impératif d’élaborer sans délai les décrets exécutifs liés à la nouvelle loi sur les hydrocarbures, en tenant compte de l’évolution du secteur de l’énergie dans le monde. <