Par Khaled Remouche
A l’issue de la présentation, le 3 octobre, de cette évaluation annuelle de l’exécutif, Aimene Benabderrahmane, Premier ministre, sera soumis à l’épreuve des questions des députés et de la réaction des parlementaires à ce bilan d’un an de gouvernance de son cabinet.
Le Premier ministre, en présentant demain 3 octobre, la déclaration de politique générale, synonyme de bilan du gouvernement de septembre 2021 à août 2022, sera soumis à l’épreuve de 300 questions posées par les députés à l’issue de son exposé. Son bilan sera-t-il soumis à de vives critiques de parlementaires qui remettront en cause la gouvernance Aimene Benabderrahmane ? Constitutionnellement, en cas de motion de défiance vis-à-vis du gouvernement ou d’un vif rejet de cette évaluation ne donnera pas lieu à un changement de Premier ministre et de gouvernement. Seul le chef de l’Etat a cette prérogative. Ce bilan est à mesurer avec le plan d’action du gouvernement Aimene Benabderrahmane rendu public en septembre 2021. Une lecture à première vue de ce texte indique l’absence, de manière générale, d’échéanciers et d’agencement des mesures à réaliser pour le court terme en 2021-2022 et pour le moyen terme en 2023-2024. Ce qui rend biaisée cette auto-évaluation de l’action gouvernementale. Selon un économiste, « ce texte est une somme de généralités ». Citons en l’occurrence ces objectifs : disposer d’un secteur bancaire et financier performant moderne, une gestion efficace et transparente des finances publiques, refonte du système fiscal, sans échéancier et sans un mode d’emploi précis pour relever ces challenges. La plus grande critique qui sera sans doute émise au cours du débat en plénière se rapporte à l’intégration du secteur informel. Le plan d’action prévoit la captation de la masse monétaire circulant dans le secteur informel, la lutte contre le marché informel de la devise, l’intégration des activités informelles dans le secteur formel. La réalité à ce jour est la prolifération sans précédent de l’informel sur le marché intérieur. L’autre question est l’évolution du climat des affaires. Il s’agit de mettre en place un mécanisme d’évaluation et de suivi du climat des affaires, un système de veille et d’intelligence économique, alléger les procédures administratives, débureaucratiser l’administration, faire appel à la diaspora en lui garantissant des avantages incitatifs. S’il faut reconnaître que des progrès ont été effectués dans ce domaine, la lutte contre la bureaucratie est loin d’être gagnée et le climat des affaires reste toujours contraignant. En outre, le plan d’action du gouvernement prévoit la mise en place d’une capacité de 15 000 MW en 2025 dont 1 000 MW en 2021. En ce mois d’octobre, l’ouverture des plis techniques n’a pas été effectuée à ce jour, quant à celle des plis financiers, reportée à plus tard -la mobilisation des financements nécessitant un délai de six mois- laissent croire que cette capacité ne sera pas atteinte avant 2024 !
Par ailleurs, cette présentation du bilan dérogera-t-elle à un rituel ? L’exposition devant un parterre de députés d’une énumération de changements institutionnels sans traduction sur le terrain, d’améliorations significatives sur le plan économique ou d’actions de l’exécutif évaluées sous l’angle quantitatif, éludant le peu d’avancées significatives dans la réforme bancaire et financière, de la fiscalité, de l’intégration de l’informel ou dans les alternatives au financement budgétaire de l’investissement public comme le partenariat -public-privé pour le financement des infrastructures dont le texte législatif sur cette formule de financement n’est pas encore promulgué.
Enfin, à l’issue de l’exposé, aurons-nous des réponses sur les sujets qui préoccupent au plus haut point les ménages ? A l’instar de ces questions fondamentales : quels efforts ont été faits pour mettre fin à l’anarchie sur le marché intérieur et pour juguler la spéculation et les hausses récurrentes des prix des produits de large consommation ? Quelle vision pour freiner la perte de pouvoir d’achat et réduire l’inflation qui se chiffre à plus de 9% annuellement ? Quelle démarche privilégiée pour réduire les subventions? Reste à savoir finalement si nous assisterons à une évaluation qualitative de l’action gouvernementale. <