PAR NAZIM BRAHIMI
Le passage du Premier ministre à la chambre haute du Parlement pour présenter la Déclaration de politique générale de son Exécutif a confirmé que le pouvoir d’achat est un point d’inquiétude des parlementaires.
Comme à l’APN, le pouvoir d’achat a pris une place essentielle dans les interventions des sénateurs en dépit des assurances du Premier ministre sur fond de mesures prises telles que la majoration du salaire minimum national garanti (SNMG), la suppression de l’impôt sur les personnes à revenus limités, la création d’une allocation chômage, l’augmentation du point indiciaire et des pensions.
Ces mesures ne semblent pas rassurer les parlementaires qui n’ont pas caché l’érosion du pouvoir d’achat des Algériens, plaidant son renforcement aussi bien à travers l’augmentation des salaires que par la maîtrise du marché marqué par des hausses vertigineuses des prix des produits de première nécessité quand ce n’est pas la rareté qui s’installe comme c’est le cas ces derniers jours avec l’huile de table.
«En dépit de la situation difficile que notre pays a connue du fait des répercussions du contexte économique et géopolitique international, la détermination de l’Etat à préserver son caractère social n’a pas été ébranlée. Un caractère qualifié par le Président de la République de doctrine ancrée», avait tenté, une nouvelle fois, le premier ministre de rassurer les membres du Conseil de la nation.
Pour l’économiste Mohamed Achir, cela «ne devrait pas empêcher de réformer les transferts sociaux, c’est-à-dire de rationaliser ces transferts sans pour autant toucher à la catégorie vulnérable et nécessiteuse de la population. Sans toucher également aux services publics qui nécessitent l’intervention de l’Etat à travers ces transferts, notamment pour ce qui a trait à l’éducation, la santé, les transports…».
Il s’agit pour l’universitaire, interrogé par Reporters, de faire de la «ré-allocation» des transferts sociaux de façon à cibler «les catégories méritantes» ainsi que «les secteurs qui participent au service public, soit à ceux qui ont un avantage comparatif pour l’économie nationale comme l’industrie, les prix de l’énergie».
Dans son argumentaire, hier, devant les sénateurs, Aïmene Benabderrahmane a cité la révision de la grille indiciaire des salaires et le réaménagement du barème de l’Impôt sur le revenu global (IRG), une mesure qui touche les fonctionnaires, les travailleurs et les retraités, faisant état, à ce propos, de plus de 9 millions de personnes concernées. Dans sa réponse aux questions des sénateurs qui ont évoqué l’inflation, M. Benabderrahmane a considéré qu’il s’agit d’un «phénomène économique qui n’affecte pas seulement l’Algérie».
Pour ce qui est de la subvention des prix des produits alimentaires de large consommation (huile, lait, céréales et sucre), et l’atténuation de l’impact de leurs prix élevés au niveau mondial sur le citoyen algérien, il a mis en avant la mobilisation de ressources financières supplémentaires, en ce sens que l’enveloppe allouée pour subventionner les prix de ces produits a atteint 613 milliards de DA durant cette année, contre 318 milliards de DA en 2021, soit une augmentation de 93%.
A propos de la pénurie de certains produits de base, et en dépit des mesures prises par le Gouvernement pour garantir leur disponibilité sur le marché, notamment à travers la constitution d’un stock stratégique et l’augmentation de la production, des perturbations ont été enregistrées en matière de distribution de ces produits, un problème que le Premier ministre a imputé essentiellement à «la spéculation et la contrebande auxquelles se livrent certains réseaux organisés», créant le désordre sur le marché.
Cette situation de rareté de certains produits a fait réagir le sommet de l’Etat à travers la réunion consacrée mardi au contrôle du marché et à la lutte contre la spéculation au cours de laquelle le président Tebboune a émis des instructions à l’effet de «lutter et faire face fermement à ces comportements».
En plus de cette réunion qui a porté sur «la situation actuelle du marché, les perturbations dans la distribution de certains produits de consommation et le diagnostic du dysfonctionnement», les services de sécurité ont procédé à l’arrestation et la condamnation de plusieurs spéculateurs à travers l’ensemble du territoire.
A Alger, au moins 30 individus ont été poursuivis dans des affaires de spéculation illicite sur des produits alimentaires de large consommation à travers 8 wilayas, a indiqué mardi un communiqué du procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed, section lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. <