Le légendaire photographe américain David Douglas Duncan s’est éteint, hier, à l’âge de 102 ans, entourés de ses proches, sur la Côte d’Azur. Celui que l’on surnommait affectueusement DDD est devenu célèbre avec ses photographies de la guerre de Corée et du Vietnam puis, plus tard, avec les clichés de son grand ami Pablo Picasso, dont la mythique photographie du peintre hilare, dans son bain.

Le photographe américain, David Douglas Duncan, qui vivait sur la Riviera française depuis les années soixante, après avoir contribué à la légende du magazine Life, « est mort des suites d’une pneumopathie entouré de ses proches », a indiqué, hier, le directeur du musée d’Antibes, Jean-Louis Andral.
«Le Yankee nomade est parti pour une nouvelle grande aventure. Il a fait partie de notre vie quotidienne comme un membre de la famille. DDD est le photographe qui a le mieux montré Picasso au travail avec discrétion et affection », a réagi, hier, ému, Claude Picasso, le fils du peintre.
C’est en 1956, suivant les recommandations du photographe Robert Capa, décédé deux ans plus tôt, DDD rencontre Picasso. «Je crois que je l’ai intrigué. J’étais arrivé avec une Mercedes 300 SL, celle avec les portes qui s’ouvrent comme des ailes de papillon. Ensuite, Picasso avait beaucoup de respect pour ceux qui comme moi ont connu les horreurs de la guerre », racontait-il lors d’une interview au quotidien français Le Figaro, en 2012. Une amitié profonde se tisse entre les deux hommes. David Douglas Duncan passe des journées entières à capturer le maître au travail et dans son intimité. Après son décès, en 1973, il restera proche de sa veuve Jacqueline et de sa fille Catherine.
Jean-François Leroy, à la tête de Visa pour l’image lui a rendu un vibrant hommage, hier, sur Facebook en décrivant, non sans humour, « un seigneur» qui «détestait la mode des mal-rasés et ne manquait pas» de le rappeler.
Né dans le Kansas en 1916, David Douglas Duncan se met à la photo à 18 ans, après avoir reçu un appareil en cadeau de sa sœur. Ses débuts sont fracassants. En immortalisant l’incendie d’un hôtel à Tucson, Arizona, il saisit sans le savoir le braqueur John Dillinger -alors le criminel le plus recherché d’Amérique- tentant d’extirper des flammes un attaché-case. Après cela, « j’ai eu un prix et j’ai décidé de faire carrière en explorant le vaste monde », raconte celui qui va par la suite barouder à travers la planète à l’instar de l’Iran, l’URSS, l’Inde, le Vietnam et la Turquie.
Ancien marine mobilisé à partir de 1942 pendant la Seconde Guerre mondiale, David Douglas Duncan fera des soldats le premier sujet de son travail, compilé dans un livre intitulé « This is War ! » publié en 1951. Le photographe de guerre, qu’on surnommait «DDD», a construit sa réputation de photographe de guerre grâce notamment à un cliché, pris le 9 décembre 1950, en pleine guerre de Corée celui d’un soldat américain, le visage abîmé et le regard dans le vide, devant une boîte de conserve.
Dans la préface de son premier ouvrage, il écrivait : « Pas d’apothéose dans ce livre ni de conclusion fracassante. Juste le désir de montrer un peu ce qu’un homme doit subir quand son pays décide d’entrer en guerre. » Une vingtaine d’autres livres photos suivront, dont plusieurs brûlots anti-guerre, comme « I Protest » et « War Without Heroes » sur la guerre du Vietnam.
A plus de 90 ans, s’adressant à la jeune génération, David Duncan Douglass : « Vous avez des appareils photos, c’est comme des armes politiques, il faut s’en servir. »