L’écrivain américain Philip Roth, auteur d’une trentaine d’ouvrages parmi lesquels plusieurs monuments de la littérature contemporaine, souvent cité pour un Nobel qu’il n’a toutefois pas obtenu, est mort mardi à 85 ans. Andrew Wylie, l’agent littéraire de Philip Roth, a déclaré que l’écrivain est mort d’insuffisance cardiaque congestive. « C’était un homme de vérité », a déclaré une amie de l’écrivain, Judith Thurman, « en état de choc ». Cette onde de choc s’est propagée à travers l’univers des livres, car c’est toute la littérature qui est en deuil suite à la perte de ce géant.

Philip Roth , tout au long de sa vie, et depuis ses premiers succès dans les années 1960, aura exploré de nombreux thèmes dont celui du fanatisme des Américains pour leur pays et pour les engagements en politique, la luxure et les excès du corps de l’homme, mais aussi la vie dans les familles juives. Son style était notamment empreint d’une forme d’humour sombre et caractérisé par une capacité à évoluer en fonction des récits. Il a créé des personnages marquants de la littérature, à l’image de David Kepesh, cet universitaire qui se transforme en poitrine à force de désir, ou Alexander Portnoy, cet homme confiant à son psychanalyste ses pulsions adolescentes.
« Son œuvre est l’une des plus importantes de notre temps, (…) de 1959 à 2010, c’est l’homme qui a le mieux raconté l’Amérique », affirme François Busnel. Journaliste littéraire, animateur de « la Grande librairie », sur France 5, qui consacre son émission diffusée ce soir à un hommage au grand écrivain américain. Francois Busnel souligne que « c’était un grand anthropologue du genre humain. Il guettait les réactions des autres et savait mieux que personne les raconter en quelques phrases dans des histoires jubilatoires. Un homme complexe ». Pour le journaliste littéraire, qui a interviewé Philip Roth, notamment en 2012, l’écrivain américain « était l’homme le plus complexe du monde et il jouait de cette complexité ». « Il s’amusait avec l’image qu’il renvoyait », ajoute l’animateur de « La grand librairie ».
Observateur lucide de la société américaine et de ses travers, Philip Roth, petit-fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, était né le 19 mars 1933 dans un quartier juif de Newark (New Jersey). Après avoir publié
31 ouvrages et deux ans après son dernier roman « Nemesis », ce géant de la littérature moderne avait annoncé, en 2012, qu’il cessait d’écrire. Ses œuvres -récits provocateurs des moeurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques, réflexions sur le poids de l’Histoire ou sur le vieillissement- sont presque toujours entre autobiographie et fiction.
Régulièrement donné favori pour le Nobel de littérature, le prix lui a toujours échappé. « C’était devenu un gag pour lui », selon la journaliste française Josyane Savigneau, qui lui rendait régulièrement visite. Il avait obtenu de multiples autres récompenses -Pulitzer en 1998 pour « Pastorale américaine », National Book Award en 1960 pour « Goodbye, Columbus », et en 1995, pour « Le Théâtre de Sabbath »- et avait eu en France l’honneur d’entrer de son vivant dans la collection de la Pléiade l’an dernier. « Il était vraiment content », selon Mme Savigneau.
C’est « Portnoy et son complexe » qui l’a révélé au grand public en 1969. Le livre fait scandale pour ses descriptions sexuelles très crues et sa façon d’aborder la judaïté. Ces deux thèmes resteront très présents dans la majeure partie de son oeuvre. Son style acéré et sarcastique aura marqué plusieurs générations de lecteurs, ainsi que sa propension à mêler fiction et réalité, appuyant beaucoup de ses romans sur sa propre expérience.