Une brillante avocate et une grande militante des droits humains est morte hier à Paris, à l’âge de 93 ans. Son nom, Gisèle Halimi, se rapporte à son visage, beauté et douceur ! Mais derrière son agréable apparence qui ne l’a d’ailleurs jamais quittée, il y a le parcours d’une femme d’exception qui a consacré toute sa vie et toute sa carrière d’avocate aux belles causes qui fabriquent l’histoire et font malgré tout avancer l’humanité vers davantage de libertés et de droits.

«L’injustice m’est physiquement intolérable», disait cette avocate, qui ne craignait pas d’aller «au feu», disait-elle souvent dans ses nombreux entretiens de presse, dont une interview pour notre confrère El Watan, en 2004. Condamnée à mort par l’OAS, désignée sans succès comme cible à abattre par le général Aussaresses, qui l’avoue lui-même en 2001 dans son livre «Services spéciaux, Algérie 1955-1957», les générations d’aujourd’hui ne connaissent sans doute presque rien de cette brillante avocate, mais il n’est pas tard de se rattraper. Un hommage officiel du gouvernement algérien ne serait pas une mauvaise idée, non plus.
Maître Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Elise Taïeb, le 27 juillet 1927, dans le quartier de la Goulette, à Tunis, a été de tous les engagements, en commençant par le combat anticolonial. Elle dénonce l’usage de la torture par les militaires français durant la Guerre d’indépendance, a signé en septembre 1960 le «Manifeste des 121» aux côtés de Sartre et de grandes figures de l’intelligentsia française de l’époque, et défendu les militants du FLN dont Djamila Boupacha, 22 ans, dès le mois de mars de la même année avec l’appui de Simone de Beauvoir, Aragon, Elsa Triolet, Aimé Césaire, Germaine Tillon et d’autres.


Pour raconter ce procès, l’avocate fera en 1962 «Djamila Boupacha», un livre édité chez Julliard, préfacé par Sartre et dont la couverture dessinée par Picasso, un ouvrage devenu rare, mais dont on peut retrouver un exemplaire, s’il n’a pas été vendu, dans une librairie algéroise au prix de 18 000 dinars. D’autres auteurs s’en sont également emparés et produits des dizaines d’ouvrages tout aussi indispensables, certains passionnants, pour s’informer de cette bataille (il y en a eu d’autres) que Maître Halimi a menée contre une justice livrée à la «domination» et à la «répression coloniale».

Militante résolue
Les paresseux de la lecture peuvent cependant en retrouver la trace à travers «Pour Djamila», téléfilm écrit et réalisé par Caroline Huppert, diffusé en mars 2012, ou en visionnant l’excellent documentaire, «L’insoumise», plus ancien, sorti en 2007, de Serge Moati. Un Tunisien de naissance comme l’avocate et qui s’est attelé à retracer dans son travail son parcours exceptionnel : après 1962, contre la guerre du Vietnam à la création du «tribunal Bertrand Russel» et en président la «commission d’enquête générale du Vietnam» ; au tournant des années 1970, pour les grands mouvements de défense des droits humains et la mobilisation féministe, «la cause des femmes» avec Simone de Beauvoir, le «Manifeste des 343 salopes» pour réclamer au printemps 1971 le droit à la contraception et à l’IVG entre autres, la lutte contre le viol, et le combat incessant pour l’abolition de la peine de mort et la parité hommes-femmes. Femme de gauche, militante politique résolue, elle s’est portée candidate aux élections législatives en France dès 1967, elle a été élue députée socialiste sous le premier septennat de François Mitterrand, avant de compter en 1998 parmi les fondateurs de l’association altermondialiste Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Française de nationalité, installée en France en 1956, elle n’a cependant jamais abandonné sa nationale tunisienne, ce qui fait d’elle une grande Maghrébine. Une identité qu’elle a assumée dans son livre «la Kahina», le dernier d’une importante bibliographie, édité en Algérie en 2007 chez Barzakh éditions, et dans lequel elle redonne vie à cette reine amazighe d’exception et figure centrale de notre histoire. Adieu cher Maître, nous nous retrouverons dans un prochain hommage. n