La rencontre gouvernement-walis, mercredi et jeudi derniers, a remis sur le tapis les questions de la décentralisation et de la déconcentration. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, comme le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui

ont affirmé la nécessité et l’urgence de décentraliser l’acte de gestion et de conférer aux walis davantage de prérogatives dans la gestion des affaires. Les deux responsables ont d’ailleurs puisé une partie de leurs déclarations de l’allocution du chef de l’Etat lue à l’ouverture de cette rencontre. Tous deux se sont déjà maintes fois exprimés sur le sujet et ce n’est pas la première fois, en effet, que l’Etat et le gouvernement parlent de la volonté de donner aux collectivités locales et territoriales l’autonomie de gestion et d’action dont elles ont besoin pour réussir leur développement et contribuer, chacune dans sa région, à l’essor de l’Algérie.

Le pari, maintenant, est d’observer comment cette volonté exprimée par les autorités de « libérer les énergies » des collectivités locales va-t-elle se traduire sur le terrain. Car ce qui est demandé aux walis, comme aux responsables et directeurs centraux au ministère de l’Intérieur et dans tous les départements concernés, ce n’est ni plus ni moins qu’un changement de logiciel. C’est-à-dire d’une petite révolution à laquelle les hauts fonctionnaires dont on parle ne semblent pas encore prêts à entamer pour de multiples raisons et par le fait que le pays est à la veille d’une élection présidentielle qui, qu’on le veuille ou non, est une période plutôt propice à la pause et à l’attention des développements à venir.
Par ailleurs, et comme on l’a dit, les appels à l’autonomie de gestion sont anciens, même très anciens quand on se réfère à certaines déclarations et discours datant du début de l’ère 2000. Mais leur répercussion concrète reste marginale par rapport à ce qui est souhaité : voir ces hauts fonctionnaires chargés des régions devenir des agents économiques au sens réel et non plus simplement les agents distributeurs de la ressource consentie à tous les niveaux par l’Etat.
Pour ce faire, il faudrait sans doute plus qu’un discours directeur du président de la République, du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, mais une feuille de route porteuse de stratégie garantie par une législation sans doute mise à jour, notamment en ce qui concerne les volets de l’économie et de l’investissement. Sans directives et instructions claires, on le sait, il ne pourrait pas y avoir de walis susceptibles de prendre l’initiative sans la crainte d’outrepasser ses prérogatives ou d’être accusés d’excès de zèle. A défaut de cela, on aura toujours des responsables en attente de « consignes » d’Alger et une confusion dans l’opinion entre décentralisation et déconcentration des pouvoirs.