«C’est justement pour lutter contre la violence et l’intolérance que nous continuons de croire à l’influence positive du cinéma. Quand on aime la vie, on va au cinéma», a soutenu Dora Bouchoucha, la directrice du 2e Festival du cinéma méditerranéen de Tunisie (Manarat) qui se déroule du 2 au 7 juillet 2019.

Le Festival du cinéma méditerranéen de Tunisie (Manarat), qui est à son deuxième édition, s’installe déjà dans l’agenda culturel de la région comme un rendez-vous incontournable pour les professionnels et les artistes en quête d’opportunités et de nouveaux horizons. Dora Bouchoucha, la directrice du festival, a fait le choix de partager le plaisir du cinéma avec le grand public en offrant chaque soir des projections gratuites de films en hors compétition sur les plages (Marsa, Khereddine, Hammam Lif, Korba, Monastir, etc.). Parmi les films sélectionnés figurent «Never leave me» de Aida Begic (Bosnie), «Clash» de Mohamed Diab (Egypte), «Mascarades» de Lyes Salem (Algérie), «Simshar» de Rebecca Cremona (Malte), «Capharnaüm» de Nadine Labaki (Liban), «Kilikis, le village des hiboux» de Azlarabe Alaoui (Maroc), «L’invité» de Hady Al Bagoury (Egypte), «Qu’Allah bénisse la France» de Abd Al Malik (France) et «Porto Fina» d’Ibrahim Letaief (Tunisie)….
Dora Bouchoucha, productrice et ancienne directrice des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), a confié à la presse qu’elle veut donner envie aux Tunisiens d’aller voir des films et d’en débattre, puisque chaque soir les comédiens ou les réalisateurs sont présents lors des projections. Tarek Ben Chaâbane, directeur artistique qui vient de publier «Cinéma tunisien d’hier et d’aujourd’hui», a privilégié dans sa sélection des films contemporains, expressifs et suffisamment denses pour permettre la réflexion sur le monde d’aujourd’hui. Selon Dora Bouchoucha, la sélection s’est faite sans «la pression des exclusivités, mais avec le souci d’offrir au public des films de qualité». «Nous avons également choisi des films sociaux et engagés, mais divertissants. Nous voulons encourager ce type de cinéma pour échapper au rouleau compresseur de la dure loi du marché qui n’hésite pas à balayer en quelques jours les films dits d’auteur», a-t-elle souligné, lors de la cérémonie d’ouverture. La ligne éditoriale du festival pour l’édition 2019 va dans le sens de l’encouragement du cinéma d’auteur. «Paradoxalement, en Tunisie, nous sommes à contre-courant de cette tendance. Le succès du cinéma tunisien, qui est essentiellement un cinéma d’auteur, a ramené le public vers les salles permettant la réouverture et la création de nouveaux espaces de projection. Plusieurs de nos films ont été sélectionnés dans de grands festivals internationaux où ils ont été primés et distribués en salles partout à l’étranger. Un film qui voyage à travers le monde est le meilleur ambassadeur de son pays», a déclaré Dora Bouchoucha qui ne cesse de produire des films depuis 1997, le dernier en date l’émouvant «Weldi» de Mohamed Ben Atia.



Kamel Daoud membre du jury
Dix longs métrages sont en compétition pour décrocher le Manar d’Or. Il s’agit autre de «Fi Aynia» (Regarde-moi) du Tunisien Nedjib Belkadhi, «La guérisseuse» du Marocain Mohamed Zineddaine, «The swing» (le balançoire) du Libanais Cyril Aris, «A l’improviste» de l’Italien Ciro d’Emilio et «L’annonce» du Turc Mahmut Fazil. Les cinémas égyptien et italien sont à l’honneur avec la projection d’une dizaine de films comme «Just like my son» de Costanza Quatriglio, «Twin Flower» de Laura Lucheti, «Nawara» de Hala Khalil et «Photocopy» de Tamer Ashry. Et, une place est laissée au cinéma engagé. L’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud est membre du jury aux côtés du scénariste français Michel Leclerc, l’actrice turque Damla Sönmez et la comédienne tunisienne Souheir Benamara. L’actrice égyptienne Salwa Ali préside le jury. «La Méditerranée n’est pas uniquement un espace de tragédie, mais un lieu de rêves et de rencontres. Un lieu où il y a des phares (Manarat)», a-t-elle dit.

«Résister aux ignorants»
Le réalisateur et producteur égyptien Yousry Nasrallah a rencontré le public à la salle de cinéma l’Alhambra, à la Marsa, pour parler de son long parcours dans le cinéma (nous reviendrons sur cette rencontre lors de nos prochaines éditions). Le cinéma est, selon lui, une manière de résister à l’obscurantisme et il trouve «merveilleux» que des gens se retrouvent dans une salle pour voir ensemble un film «au lieu de rester dans une chambre suivre un long métrage sur son micro-ordinateur». Les comédiennes égyptiennes Nelly Kareem et Ilham Chahine sont également présentes à Manarat. Ilham Chahine est venue présenter son long métrage, «Youm Lisitat» (une journée pour femme). «Le cinéma et l’art sont un moyen de résister aux terroristes et aux ignorants», a-t-elle dit sur scène. En Egypte, Ilham Chahine est connue pour ses positions politiques anti-intégristes. Dora Bouchoucha a, dans son allocution d’ouverture, évoqué l’attaque terroriste qui a ciblé Tunis le jeudi 27 juin 2019. «C’est justement pour lutter contre la violence et l’intolérance que nous continuons de croire à l’influence positive du cinéma. Quand on aime la vie, on va au cinéma», a soutenu Dora Bouchoucha. «Le jeune Ahmed» des Belges Jean Pierre et Luc Dardenne, prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, sera projeté en présence des réalisateurs. Le long métrage raconte l’histoire d’un adolescent musulman vivant en Belgique coincé entre un discours radical de l’imam et les appels de la vie. Les frères Dardenne, qui ont décroché à deux reprises la Palme d’Or à Cannes, animeront un Masterclass sur leurs expériences cinématographiques.

Les dix longs métrages en compétition
Regarde-moi de Nejib Belkadhi (Tunisie)
La Guérisseuse de Mohamed Zineddaine (Maroc)
The Swing de Cyril Aris (Liban)
The Announcement de Mahmut Fazil Coskun (Turquie)
A l’improviste de Ciro D’Emilio (Italie)
A Shelter Among the Clouds de Robert Budina (Albanie)
Pity de Babis Makridis (Grèce)
Pause de Tonia Mishiali (Chypre)
Petra de Jaime Rosales (Espagne)
L’Enkas de Sarah Marx (France)