Le Visa For Music, dans sa quatrième édition, a organisé six conférences au niveau de la Villa des Arts et de l’Institut Cervantes de Rabat. Ces rendez-vous ont été des moments de débats et d’échange d’expériences.

Parmi les conférences organisées, celle intitulée «De linformel au formel, les enjeux actuels et futurs des industries créatives, quelle est leur place dans l’élaboration des politiques culturelles ?». Vaste question qui a interrogé, à la lumière d’initiatives entrepreneuriales, «le développement des industries créatives sur un territoire et son impact dans l’élaboration des politiques culturelles». La problématique a permis d’aborder les difficultés rencontrées et les initiatives lancées, et qui butent parfois sur une incompréhension des musiques actuelles, mais surtout des enjeux des industries créatives, que l’Unesco (qui parle d’industries culturelles et créatives) définit, sur son site Internet, comme «toute industrie qui a pour origine la créativité individuelle, l’habileté et le talent et qui a le potentiel de produire de la richesse et de l’emploi à travers la création et l’exploitation de la propriété intellectuelle». Cette définition, qui revient aux années 1980, a été élargie, et aujourd’hui, le concept d’industries créatives (les industries culturelles en font partie) est un ensemble qui accepte plusieurs autres sens et intègre plusieurs domaines. Lors de la rencontre, il a été question d’un retour sur les expériences des acteurs culturels invités à y prendre part. Ainsi, Moulay Ahmed Alami, directeur de Jazzablanca, membre de la jeune Association marocaine des entrepreneurs du spectacle vivant (Amesvi), et membre fondateur de la nouvelle Fédération des industries culturelles «dont les statuts sont en cours de formation», a expliqué que, pour le cas du Maroc, malgré la vitalité du champ artistique, «individuellement, nous n’arrivons pas à influencer les politiques publiques». «On est confrontés à des murs. Et, collectivement on pense qu’on peut changer les choses», a-t-il soutenu. D’où la création d’associations, d’autant que «l’Etat ne soutient pas les entreprises mais les associations». Avec l’association et la fédération dont il est membre, Moulay Ahmed Alami a indiqué qu’un plan d’action est en train d’être mis en place. Car, pour lui, «il y a des choses qui existent, il y a des financements qui existent, mais aujourd’hui ils sont mal optimisés. On peut créer énormément d’emploi, de lien social, de stabilité». Revenant sur sa reprise et gestion du Jazzablanca, il a expliqué qu’«on a changé de modèle économique. On était sur du jazz, et on est sur les musiques actuelles. Car, pour pouvoir développer de la culture, pour créer du contenu culturel, il fallait aller vers des produits commerciaux aussi». De son côté, M’hamed El Mendjra, fondateur de l’école de musique Coda, est revenu sur la naissance de cet établissement à Casablanca, ainsi que sur le studio d’enregistrement qu’il a créé, et les différents services qu’il propose (un volet événementiel qui comprend programmation, direction artistique, booking, etc.). M’hamed El Mendjra a signalé qu’à son retour des Etats-Unis, où il était parti étudier la musique, il avait constaté que «ça bougeait à Casablanca, qu’il y avait pas mal d’événements, pas mal de festivals… Mon idée en créant l’école, c’était de montrer aux jeunes le volet théorique et pratique et performance, mais aussi le volet qui concerne tout ce qui lié est les métiers qu’offrent la musique comme la production, la direction artistique, le management, etc., de leur donner la possibilité de croire en eux». L’école, qui ne bénéficie pas de soutien étatique parce qu’elle est une structure privée, a développé des partenariats pour des masterclass, et ce, «dans l’optique de diversifier, de ne pas rester dans les musiques qu’on a l’habitude d’écouter et de voir performer». Pour sa part, Said Ramli, membre de Smartbe, devenue «la plus grande coopérative d’entrepreneurs autonomes au monde». Tout indiquant que «l’informel rest[ait] toujours une problématique fondamentale au Maroc, car deux tiers de la population est dans l’informel et ne bénéficie d’aucune protection sociale, et sont en marge des politiques publiques», Said Ramli a présenté Smartbe et sa démarche. «Au début, c’était une structure dédiée aux métiers de l’art, une association, puis elle s’est transformée en coopérative, depuis le 1er janvier 2017. Smartbe c’est la plus grande coopérative d’entrepreneurs autonome au monde. Ils font à peu près 150 millions d’euros de chiffre d’affaires». La coopérative, qui assure des ateliers et des formations à ses membres, a créé en 2014 au Maroc «la première entreprise partagée», pour accompagner les créateurs et sécuriser leur travail.S. K.