L’Autorité de régulation de l’audiovisuel appelle les médias audiovisuels à se préparer au débat sur l’avant-projet de révision constitutionnelle et leur recommande de mettre en place les conditions de plateaux ouverts à toutes les sensibilités politiques ainsi qu’aux jeunes. Elle a émis des recommandations qui visent à «réguler le rôle des médias audiovisuels dans l’accompagnement de l’effort national et à encadrer le débat relatif à l’enrichissement de la mouture de l’avant-projet d’amendement de la Constitution». Le gendarme de l’audiovisuel craint-il un débat bâclé ?

La question peut prêter à sourire, elle mérite cependant d’être posée pour deux raisons. La première, susceptible d’être considérée comme orientée ou hostile, est relative à la qualité des interventions et des analyses proposées par les chaînes de télévision privées aux téléspectateurs algériens sur les grands sujets de l’actualité nationale.
Le plus souvent, ces médias proposent à des heures de grande audience des émissions et des produits d’information où tout le monde a un avis sur tout et sur rien, avec, parfois, de très gros risques de désinformation en raison d’une connaissance approximative, voire nulle, par les «spécialistes» conviés des dossiers abordés. Les différents canaux de la chaîne publique, l’EPTV, ne sont pas, eux, non plus exempts de critiques, en particulier lorsqu’il s’agit du respect des critères et des standards d’un vrai débat, la diversité des intervenants et la contradiction des idées.
La deuxième raison, déterminée par le contenu du communiqué de l’Arav via l’APS, dimanche dernier en soirée, réside dans le fait que le gendarme de l’audiovisuel algérien préconise aux médias auxquels il s’adresse des recommandations qui laissent penser qu’il craint franchement un «ratage», comme on dit dans le jargon de presse. Et qu’il insiste auprès d’eux pour qu’ils respectent un minimum de conditions et de références dans la façon d’organiser et de mener les futures discussions sur la mouture portant avant-projet de révision de la Loi fondamentale.
L’Arav exhorte par exemple ces médias à «impliquer des spécialistes et des professionnels dans les différents programmes d’information ou de débat, les entrevues et les émissions de débat, en confiant cette tâche à des journalistes compétents qui maîtrisent ce dossier». Autre recommandation, plus rassurante, car ne signalant pas l’exigence professionnelle pour les journalistes (ce qui doit être le travail des rédactions), l’appel de l’agence aux médias de «traiter avec objectivité et impartialité et encadrer le débat dans le respect des opinions différentes et des normes professionnelles et d’éthique». Son conseil, également, de «garantir la diversité et la participation des différentes sensibilités et orientations intellectuelles et politiques, ainsi que les composantes culturelles et linguistiques dans toute forme et type de couverture médiatique». Sa recommandation, aussi, d’intégrer l’intérêt de la diaspora pour l’avant-projet de révision constitutionnelle comme pour toutes les grandes questions qui concernent le pays, d’«impliquer la catégorie des jeunes dans les débats, étant l’avenir de l’Algérie», et de «prendre en considération la catégorie des personnes aux besoins spécifiques en leur assurant les moyens nécessaires et appropriés qui leur permettent de participer au débat et à son enrichissement». Toutes ces consignes, selon l’Arav, soulignent «l’importance d’un débat approfondi et d’un enrichissement constructif à même de permettre à tout un chacun d’accéder aux informations vraies sur le contenu de la mouture de la Constitution qui reste perfectible».
L’agence, qui condamne les dérapages haineux et racistes en ligne, avertit enfin qu’«il est interdit, lors de la diffusion de programmes radio et télévisuels dédiés au débat de la mouture de la Constitution sur leurs sites électroniques ou sur les pages des réseaux sociaux, de faire un montage ou d’en extraire des passages, de manière à entamer l’essence même du contenu originel ou de déformer son véritable sens». <