Le pic des contaminations atteint ces derniers jours avec son corollaire en matière de pertes de vies humaines a fini par une «prise de conscience» qui, pour le moment, faut-il l’admettre, n’est pas encore à la hauteur de la situation dramatique que vit le pays, à en juger par des comportements encore irresponsables que tout un chacun peut constater dès qu’il met le nez dehors. Les hôpitaux sont «dans le rouge» pour reprendre l’expression d’un spécialiste qui côtoie les malades atteints de coronavirus tous les jours.

PAR INES DALI
De plus, les équipes médicales et paramédicales sont à bout de force. Elles sont arrivées à un épuisement physique et mental tel qu’elles ne cessent d’alerter sur leur état, sensibilisant que si les professionnels de la santé venaient à tomber malades en nombre qui soignerait alors les citoyens ? Ces équipes sont à pied d’œuvre depuis un an et demi et n’ont pas pu avoir de répit, la pandémie du nouveau coronavirus ne l’ayant pas permis.
La virulence de cette troisième vague dominée, désormais, par le variant Delta de Covid-19 continue de progresser en faisant flamber la pandémie. La progression de la maladie parmi le personnel de la santé a atteint tous les corps de ce secteur, médecins, paramédicaux, ambulanciers, administrateurs et autres. Le nombre de contaminations du personnel de la santé, tout corps et tout grade confondus, ne cesse d’augmenter. Selon les derniers chiffres révélés par le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), les contaminations sont autour de 20.000 cas et les décès autour de 350, tous corps sanitaires confondus. Parmi ce décompte macabre, il y aurait pas moins de 204 médecins activant dans les secteurs privé et public qui ont succombé des suites de la maladie de Covid-19. La liste macabre s’allonge tous les jours. Pas plus loin qu’avant-hier, le personnel de l’hôpital Zahraoui de M’sila a rendu un dernier adieu à son confrère médecin anesthésiste-réanimateur Larbi Nabi, emporté par le coronavirus. A Seddouk, dans la wilaya de Béjaïa, Farid Boudraâ, surveillant infirmier à l’EPH de Sidi Aich, a également rendu l’âme après avoir été atteint par le maudit coronavirus.
Le nombre de décès parmi les citoyens donne le tournis. Rien qu’au Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha (Alger), et durant la seule nuit d’avant-hier samedi, pas moins de «18 personnes sont décédées», a fait savoir hier le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicale et paramédicales dans ce CHU, ajoutant que la veille, 12 personnes étaient également mortes dans cet hôpital. La situation s’aggrave avec la hausse vertigineuse de la consommation d’oxygène au vu du nombre de malades en détresse respiratoire qui va crescendo à travers, notamment, les hôpitaux des wilayas les plus touchées par la pandémie. A ce propos, le Pr Belhadj a indiqué, sur les ondes de la Radio nationale, que «le camion de ravitaillement en oxygène est arrivé quelques minutes avant une hécatombe qui aurait pu emporter une centaine de malades». Par la même occasion, il a indiqué que dans ce plus grand hôpital de la capitale, pas moins de «25 personnes parmi le personnel médical et paramédical sont actuellement contaminées par le Covid-19».

Pourquoi les chiffres ne reflètent pas la réalité
Les chiffres quotidiens annoncés par le ministère de la Santé, faut-il le souligner, sont loin de refléter la réalité de la gravité de la situation épidémiologique que vit le pays. Le Dr Djamel Fourar, directeur général de la prévention au ministère de la Santé et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, ainsi que le Pr Ryad Mehyaoui, membre du même Comité, et tant d’autres spécialistes ont expliqué que les chiffres quotidiens communiqués sont les chiffres des malades ayant subi des tests RT/PCR positifs et qui sont déclarés au ministère. En revanche, les tests antigéniques, qui sont très utilisés notamment par le secteur privé, ne sont pas comptabilisés.
Beaucoup de privés ne déclarent pas non plus les tests RT/PCR positifs, de même que des directeurs de la santé et de la population (DSP) de bon nombre de wilayas ne reportent pas régulièrement sur la plateforme numérique dédiée le nombre de tests positifs qu’ils sont censés récolter auprès des structures hospitalières ou qui sont censés leur parvenir de ces mêmes structures. Ces spécialistes ont alerté, à maintes reprises, que les chiffres, que ce soit pour le nombre de cas confirmés ou les décès, ne sont pas révélateurs de l’ampleur de la recrudescence de la pandémie et qu’ils pouvaient être multipliés par deux, voire trois fois. «Le nombre réel des victimes est plusieurs fois supérieur aux chiffres officiels. On est sans doute à une centaine de morts par jour», a alerté le Pr Belhadj.
D’où les appels récurrents des professionnels de la santé à être vigilants et à respecter les gestes barrières – port du masque, distanciation physique et lavage des mains – et l’ensemble des autres mesures sanitaires de prévention au niveau des administrations, entreprises, etc., et ce, même pour les personnes vaccinées, ces dernières n’étant à l’abri d’une recontamination qui sera, toutefois, sous une forme légère de Covid-19 sans arriver au point d’être hospitalisé ni encore moins d’arriver en réanimation, selon les spécialistes.

Pour un «état d’urgence sanitaire»
D’ailleurs, ils continuent de lancer des appels à l’adresse des pouvoirs publics pour des mesures strictes et rigoureuses et, dans ce registre, le Pr Belhadj en a fait de même hier. «Il faut décréter l’état d’urgence sanitaire pour éviter la perte de contrôle de la situation», a-t-il suggéré.
Pour étayer son propos, il indiquera, en outre, que «le personnel médical manque. Il faudra faire appel aux étudiants en médecine et aux médecins à la retraite pour faire face à la situation». Le Dr Merabet a également évoqué ce problème, indiquant que trop de charges pèsent sur les médecins et que ceux-ci peuvent être déchargés de certaines tâches, comme la vaccination, en renforçant les effectifs pour l’acte vaccinal, par exemple.
En tout état de cause, la situation épidémiologique est très critique, voire «catastrophique», selon le Pr Belhadj, qui a mis en garde contre la forte possibilité de voir les contaminations encore augmenter, même chez les équipes médicales et paramédicales, surtout que cette troisième vague avec son variant Delta touche «les plus jeunes et même les nourrissons», a-t-il affirmé. Une situation que ne sont pas en mesure de supporter les services Covid et les services de réanimation qui connaissent, aujourd’hui, une saturation jamais vécue depuis de l’apparition de la pandémie dans le pays.