Par Leila ZAIMI
«De mémoire d’homme, une vie, deux combats» est le dernier ouvrage-récit qu’a publié, en février dernier, Nadir Marouf, le sociologue et l’anthropologue algérien aux éditions Frantz Fanon.
C’est à la demande de mes enfants que le présent ouvrage a pu voir le jour, en février dernier, après plusieurs tentatives avortées, dit et écrit Nadir Marouf. Pour raconter son récit de vie, notre auteur s’est choisi le nom de Mohamed. L’arabe algérien. L’écrivain, qui a connu plusieurs Algéries -commençant par l’Algérie française quelques années avant la guerre de libération, l’Algérie indépendante ou post-indépendante et l’Algérie contemporaine ou actuelle – raconte les détails marquants de son enfance et sa jeunesse. Il décrypte sa société, les comportements de ses proches avec une approche sociologique. Mohamed alors enfant a été agressé par ses copains qui l’ont traité de «Nedromi», une insulte. Cette appellation l’avait marquée et stigmatisée. Le présent récit traduit le vécu et l’expérience de l’auteur très jeune. Une fois chercheur, Nadir Marouf essaie d’interpréter et de comprendre les événements qu’il a vécus, souvent intenses et plus forts par rapport à son âge. Il essaie d’apporter, par ses écrits, des réponses aux questions relatives à la vie de l’homme dans une société. Le sociologue et anthropologue faisait partie des Algériens qui ont occupé les administrations du pays alors vides après le départ des Français en 1962. Il a porté, avec d’autres, le pays et ses problèmes sur ses épaules, alors qu’il n’avait que 22 ans à la veille de l’indépendance.
Le récit est accompagné, dans le même ouvrage, d’une petite partie dédiée à «la grande interview», où l’auteur du livre, qualifié de doyen des sociologues algériens, répond aux questions de deux universitaires. Une partie substantielle de cet entretien constitue la suite logique de la première partie du présent ouvrage. L’entretien portait notamment sur la vie académique dédiée à la pensée sociologique.

Passé et présent de l’Algérie indépendante
Les dernières pages du récit ont été consacrées à l’opinion du grand sociologue sur l’Algérie depuis 1962. Il parle de la gestion et la maîtrise du groupe dans une ville, du voisinage et des mutations sociales que connaissent les Algériens. Il cite, entre autres, les fruits du système en place en matière sociologique, à savoir le mal-être, le handicap du vivre-ensemble et le déficit de citoyenneté, selon ses dires. «La mosquée est là pour servir de thérapie de groupe, mais son effet s’arrête bien souvent à la sortie», a-t-il écrit en page 161. Dans un style et un vocabulaire académiques, il souligne le fossé séparant l’Etat et la société, et ce, depuis l’Indépendance. Il dit : «Contrairement aux sociétés occidentales, c’est l’Etat qui a fabriqué la société, la réduisant au rôle de consommatrice des normes venues d’en haut, et lui enjoignant de les respecter sous peine d’être mise hors-la-loi».
Les dernières lignes de cet ouvrage sont dédiées aux propositions pour réordonner la société algérienne. L’anthropologue et sociologue propose la réinstauration d’un organe de planification dans le but de localiser les opérations d’investissement en fonction des spécificités régionales. Son deuxième vœu, dit-il, concerne la politique de régionalisation en Algérie. Il suggère que l’action du Plan, couplée à la politique de régionalisation (régions regroupant plusieurs wilayas sous un conseil régional à la française), serait un garde-fou indispensable contre l’improvisation et le court-termisme. La troisième et dernière proposition est dédiée à la politique d’enseignement supérieur et de la recherche. C’est-à-dire, retrouver la vraie vocation de l’Université, qui est la recherche. n

Nadir Marouf, «De mémoire d’homme,
Une vie, deux combats», Préface de Karima Lazali – Editions Frantz Fanon, Boumerdes, 2020.
600 dinars.