La commémoration du 8 mai 1945 sera notamment marquée, cette année, par la présentation des «Mémoires filmées» de l’historien Mohammed Harbi avec notamment la diffusion du dernier chapitre.

Par Nadir Kadi
La série de documents, proposée par la maison d’édition française Syllepse, sous la forme de 23 entretiens vidéo (diffusés sur une page Youtube dédiée) dont certains sont déjà disponibles en accès libre, est ainsi présentée comme une «analyse de l’Histoire du mouvement national et de la situation politique contemporaine en Algérie».
Le narrateur, largement connu pour son travail d’historien, est également un «acteur de l’histoire» entre autres, lors de sa participation aux accords d’Evian en tant que membre du FLN. Son orientation idéologique de «militant, cadre politique, leader de la ‘gauche’ du FLN», sera toutefois la cause de son exil et de sa rupture avec le «pouvoir» après la prise de pouvoir de Houari Boumediène en 1965. Révélant en ce sens son «opposition au régime militaire», les auteurs de «Mémoires filmées», les réalisateurs Bernard Richard et Robi Morder ajoutent que Mohammed Harbi «est devenu un historien éminent sans jamais renoncer à la lutte, et a été une référence pour les jeunes gens qui se rendaient à Alger à une époque où, croyaient-ils, l’Algérie pouvait devenir Cuba en Méditerranée.
Ainsi, et à propos de la place du travail de Mohammed Harbi dans le champ de l’étude historique, l’historien Fouad Soufi, nous a expliqué hier que les articles, ouvrages et témoignage de M. Harbi, notamment ses mémoires «Une vie debout», publié en 2001, restent une source importante pour les universitaires et chercheurs. «A ma connaissance, rares sont les historiens qui n’ont pas approché ou ne sont pas entrés en contact avec Harbi (…) que ce soit en France ou plus tard, quand il est venu en Algérie». Ajoutant dans la même logique : «Pour ma part, le travail de M. Harbi m’a permis d’investir le champ de l’histoire de la guerre de libération (…) Je lui suis redevable pour cela. C’est peut-être par son travail que j’ai rédigé, en 1993, mon premier article sur le 1er Novembre…».
Série de 23 entretiens thématiques, en accès libre, et dont la diffusion est présentée par les réalisateurs Bernard Richard et Robi Morder comme «un événement exceptionnel». Ils rappellent en substance que le fond de leur travail est une poursuite de la conception «radicalement anticolonialiste» qui s’est opposée, dès 1830, à la conquête de l’Algérie. Elle s’est également engagée «de façon très énergique, pendant la guerre de libération : Manifeste des 121, soutien du droit à l’insoumission, réseaux d’aide au FLN». Ainsi, même si l’ensemble de la série mais aussi le parcours personnel et politique de Mohammed Harbi restent orientés à gauche, les près de 30 heures d’enregistrement permettent de revenir sur des évènements tel que «le 8 mai 1945 à El Harrouch, Sétif, Guelma, Kherrata», «la guerre de guérilla et la mobilisation populaire», le conflit «FLN contre MNA», ou encore les «Accords d’Evian» et le «le coup d’Etat de 1945».
Quant au nouvel et dernier épisode de la série «De l’Etoile nord-africaine au Hirak», qui sera diffusé à l’occasion de la commémoration du 8 mai, il fera notamment le lien avec la situation actuelle au travers de chapitres intitulés «Nouvel Etat et nouvelle bourgeoisie» ou encore «Le mouvement social». Un dernier épisode de «Mémoires filmées» de l’historien Mohammed Harbi où les références aux «idées de gauche» restent centrales.
La présentation annonce ainsi qu’il sera question de la «nouvelle bourgeoisie» ayant émergé à partir des «bureaucraties d’Etat», mais aussi du rôle des différentes administrations dans le bouleversement des liens sociaux : «avec Boumediène, s’est constituée une bourgeoisie financée par l’Etat, venant des anciens moudjahidine. Il a assuré la privatisation pour assurer la stabilité de son Etat» puis, «sous Chadli, le mouvement de privatisation voit l’apparition des oligarques nés de la technocratie et une poussée consumériste dans la petite-bourgeoise, (et) Bouteflika intègre les cadres islamistes parmi les bénéficiaires de la privatisation».
La présentation de l’entretien souligne par ailleurs que le «mouvement social» de 2019 sera abordé par Mohammed Harbi qui déclare : Le «Hirak» est le «mouvement (…) de ceux que la gestion de la société et de l’Etat dans un cadre autoritaire n’arrange pas du tout».