Par Hamid Bellagha
De Vienne à Berlin, en passant par Madrid et Paris, les capitales européennes envisagent l’hiver le plus incertain depuis la Seconde guerre mondiale et les conséquences de la guerre du Kippour. Cette fois, ce sont les sanctions économiques imposées à Moscou qui ont généré des dommages collatéraux là où les chancelleries du Vieux continent n’y pensaient guère.
Dépendant en énergie fossile de la Russie, le gaz essentiellement, l’Union européenne se retrouve piégée à son propre collet. Suivant à la lettre les recommandations de Washington, les Européens sont tombés la tête la première dans le traquenard pensé par… les Américains. Sur la défensive, la Russie n’a fait que répondre à l’étranglement de son économie par un autre en décidant de réduire drastiquement l’approvisionnement de l’U.E. en gaz naturel, puis est passée à une posture nettement offensive.
Pourtant, au début de la crise en Ukraine, ce sont ces mêmes Européens qui avaient décidé de se passer du gaz russe, leur approvisionnement devant se faire par d’autres canaux, et mettaient en branle un plan qui consistait à obliger la Russie à se retirer de l’Ukraine. Mais les canaux espérés se sont révélés trop étroits pour laisser passer la quantité phénoménale de gaz naturel vers l’Europe, avant que Poutine décide que les ventes se fassent en Rouble pour contourner les sanctions financières, et raffermir la monnaie russe face aux velléités occidentales qui voulaient «l’achever».
Résultat des courses, ce sont les Etats-Unis qui ont appliqué un second plan Marshall en donnant d’une main pour reprendre de l’autre. Son énergie proposée aux Européens était bien sûr plus chère et a servi à consolider le Dollar qui s’est raffermi face à l’Euro.
Et bien sûr les marchés ne devaient pas rester insensibles à la demande européenne en gaz naturel, puisque toutes les capitales européennes avaient adopté le fameux «faites ce que je dis, pas ce que je fais» en raflant tout le gaz existant sur le marché escomptant un hiver rigoureux, et le prix du gaz flirte désormais avec des sommets jamais atteint auparavant. Des restrictions sont d’ores et déjà imposées cet été et le seront encore plus pendant la saison froide. De l’eau dans le gaz en somme.
Les fêtes colorées et éclairées de la fin de l’année sont menacées d’extinction tandis que la bonbonce habituelle des dépenses énergétiques à-tout-va est déjà remise au placard, car les prix du gaz ne baisseront pas de sitôt et comme le vantait une réclame célèbre «il n’y en aura pas pour tout le monde».