A l’origine du scandale, une photo d’Associated Press qui a exclu l’activiste ougandaise Vanessa Nakate d’un groupe de militantes écologistes autour de Greta Thunberg.
Acte de racisme caractérisé ou maladresse ?
L’agence Associated Press a censuré le visage d’une militante écologiste, seule personne noire figurant sur une photo de groupe en marge d’une conférence de presse sur l’urgence climatique au sommet mondial de Davos en Suisse, le 24 janvier dernier. L’affaire fait polémique depuis qu’elle a éclaté, elle continue de faire tâche d’huile depuis qu’elle est devenue mondiale à travers les réseaux sociaux où le débat fait rage sur l’occultation de la jeune militante écologiste ougandaise de 23 ans Vanessa Nakate de la photo de groupe réalisée par l’agence de presse internationale. Sur la photo en question, aux côtés de l’icône Greta Thunberg, quatre militantes de Fridays for Future (un mouvement écologique initié par la jeune Suédoise) Loukina Tille, Luisa Neubauer, Isabelle Axelsson, mais pas de trace de Vanessa Nakate.
Pourquoi ? Avant d’envoyer ses clichés à l’Associated Press, le photographe a pris la décision, alors qu’il retouchait la photographie, de la recadrer et de retirer la militante ougandaise de 23 ans, seule personne noire sur l’image. La jeune ougandaise a immédiatement partagé l’image modifiée sur son compte Twitter, se désolant qu’elle avait été complètement effacée en même temps qu’« un continent entier ». « Tous ceux qui me disent que j’aurais dû me mettre au milieu [sur la photo] ont tort ! Est-ce qu’une militante africaine doit se mettre au milieu juste par peur d’être retirée de la photo ? Ça ne devrait pas se passer de la sorte ! », a-t-elle encore écrit sur Twitter.
La jeune femme avait également été mal identifiée par certains médias, qui l’avaient nommée Natasha Mwansa, du nom d’une militante zambienne. Elle est bien décidée à ne pas laisser cette faute impunie et a exigé des excuses de la part d’Associated Press qui ne s’était fendu que d’un communiqué de presse peu convaincant : « Nous regrettons d’avoir publié ce matin une photo qui avait sorti du cadre la militante ougandaise pour le climat, Vanessa Nakate, la seule personne de couleur sur la photo. En tant qu’organisme de presse, nous nous soucions profondément de la représentation fidèle du monde que nous couvrons. Nous formons nos journalistes pour qu’ils soient sensibles aux problématiques d’inclusion et d’omission. Nous avons discuté en interne avec nos journalistes et nous allons tous apprendre de cette erreur de jugement ».
Hier, Vanessa Nakate a déclaré de Kampala que l’Afrique est en première ligne du changement climatique et il est donc crucial d’écouter la parole de ses habitants lors des forums mondiaux. « Il ne s’agit pas seulement de la photo. Dans l’article qui l’accompagnait, les différentes militantes étaient citées, mais je n’apparaîssais nulle part », a-t-elle déclaré hier à l’AFP, lors d’un entretien dans la capitale ougandaise. « Beaucoup de gens ignorent la crise climatique que nous subissons en Afrique. Si nos voix sont réduites au silence, alors nous ne serons pas en mesure d’expliquer la situation que nous vivons. C’est dangereux », a-t-elle déploré.