Le 19 avril dernier a vu le lancement des soirées ramadanesques de Dar Lahbab. La soirée inaugurale a été animée par un jeune orchestre avec une authentique gasra chaabi kima yheb lkhattar.
La programmation promet d’être riche et variée, du chaâbi au gnawi en passant par les Jam, l’espace promet de très belles rencontres ainsi qu‘une atmosphère de convivialité, d’échanges et de création.

Par Sofiane Baroudi
Dar Lahbab est un espace de rencontre et de partage en plein cœur de la capitale dont l’idée est puisée dans le corpus des traditions nord-africaines où l’hospitalité est une valeur centrale. Le décor du lieu allie le moderne et l’ancestral dans une harmonie naturelle émanant de sa conceptrice et gérante Linda Bouadma. Elle s’est consacrée depuis quelques années à mener à bien ce projet «en construction» mêlant le touristique, le culturel, mais aussi et surtout l’interaction spontanée, les rencontres et la sociabilité au service des synergies positives.

Des valeurs à partager
Linda nous faisant une petite présentation de Dar Lahbab nous explique : «A l’ origine, Dar Lahbab est une maison d’hôte. L’idée m’est venue en écoutant un spot du Salon du tourisme qui passait à la radio, il disait le salon de l’accueil et de l’hospitalité, et je trouvais ça contradictoire parce que, pour moi, l’accueil et l’hospitalité n’ont rien à voir avec les activités commerciales. Pour moi l’accueil et l’hospitalité sont des valeurs liées à ma mère, au pays profond, au gens du Grand-Sud… Après, ça m’a donné l’idée de lier justement l’aspect commercial à l’accueil et à l’hospitalité. L’enjeu était comment préserver l’authenticité.» Un procédé ressemblant à celui du tourisme solidaire reprenant une valeur centrale chère à la région et greffé à un procédé touristique original. C’est aussi un espace dédié à la production artistique, il a vocation d’accueillir des résidences d’art, mais aussi des expositions comme dans une galerie (picturale, plastique…), sous le signe de la production et de la créativité, mais aussi de la performance dans l’échange et l’interaction.

Culture, interactions et convivialité
Dar Lahbab se veut résolument à l’intersection entre le culturel, le touristique et l’espace convivialité-sociabilité, la conceptrice l’entend comme un lieu de rencontre, mettant en exergue l’importance de soutenir le contact humain et de recréer des rituels que les grandes villes et les centres urbains ont perdus, comme el wa3dat, par exemple, qui restent très répandues à l’intérieur du pays…
«Je me suis aussi beaucoup inspiré de mon expérience personnelle. J’ai vécu dans une grande maison où il y avait souvent du monde, les weekends et durant l’été, il y avait toujours des invités. Mes grands frères avaient un groupe de musique qui s’appelait les «Freinds» qui réunissait toutes les formations musicales qui faisaient les sites touristiques. Donc j’ai grandi dans un environnement gorgé d’hospitalité et baigné de musique…», nous révèle Linda.
C’est un espace de rencontre et de convivialité, c’est censé abriter l’élaboration de projets dont l’étincelle partira d’ici même et que le lieu permettrait de monter. Lors du lancement de Dar Lahbab, en 2019, il y avait des groupes de musique, des artistes, des concepteurs qui venaient passer des soirées et faisaient des Jam Session. Ils se rencontraient et ça se passait très bien, l’ambiance était toujours agréable et créative. On pouvait lors d’une soirée rencontrer des gens que nous ne connaissons ni d’Adam ni d’Eve, mais ça débouchait toujours sur des moments extraordinaires. Linda nous explique comment elle conçoit la chose : «L’espace est aussi conçu pour la production et la diffusion artistiques. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’art underground ! Je veux pouvoir offrir un espace pour que les talents artistiques puissent s’épanouir que ce soit dans la peinture, la poésie, la musique ou les arts graphiques, un espace qui permet la création d’une atmosphère propice pour soutenir le montage de projet et booster les synergies artistiques et culturelles entre jeunes et moins jeunes. On avait d’ailleurs deux projets de résidence artistique qui ont été malheureusement interrompus par la pandémie de la Covid-19.»

Le repas au centre du rituel
Le repas (lmel7) est considéré comme un rituel scellant les interactions et les rencontres qui animent Dar Lahbab. Ce rituel bénéficie d’une importance particulière parce qu’il permet concrètement de partager des moments, des saveurs et une profondeur unissant les besoins vitaux aux aspirations dans un moment culinaire puisant dans le patrimoine et témoignant d’une tradition ancestrale de communion.
«Je pense qu’on porte en nous nos traditions et notre patrimoine, nous n’avons pas besoin d’aller les chercher bien loin ! On l’a dans la peau, il y a une transmission qui se fait génération après génération. Nous, à Dar Lahbab, on axe sur la transmission d’émotions, on discute, on rit, on échange, parfois on se fâche, souvent on se lâche, mais l’essentiel c’est de passer des moments agréables, de se retrouver et cela se prolonge souvent jusqu’au petit matin animé aux rythmes des performances artistiques».

Projections et perspectives
Le concept Dar Lahbab est encore en construction, le défi à relever est celui de l’articulation des efforts et cela par la création de synergie, mais aussi par le développement de nouvelles modalités d’organisation. La conceptrice nous dit préférer la formule entreprise à l’option associative. Ceci devra permettre de trouver l’harmonie juste permettant l’essor de l’entrepreneuriat culturel de manière à ce que l’activité soit solvable et permette aux concepteurs et aux artistes de vivre ainsi que de couvrir les charges courantes et de se projeter dans le futur en se concentrant sur la production, mais aussi sur l’aménagement d’environnement permettant cette effort de création nécessaire que les pouvoirs publics estiment urgent de mener à bien. On retiendra pour étayer cela les dernières initiatives prometteuses sur la priorisation et le soutien à l’industrie culturelle, la promotion du tourisme cultuel, ou encore l’encouragement de la production artistique. Autant de chantiers intéressants ouverts, mais qui devront intégrer les acteurs du secteur en proposant des formules efficientes pour plus d’efficacité. Dans cette perspective, Linda nous confie : «On suit avec attention les annonces sur le développement du secteur culturel et nous espérons que cela va vite prendre forme. Nous avons aussi constaté avec joie une nette augmentation de l’intérêt pour le tourisme intérieur, notamment avec la situation sanitaire en Europe, nous espérons pouvoir développer des services allant dans le sens de l’accompagnement des réformes en tant qu’acteur de terrain.»
Enfin Dar Lahbab se veut résolument un espace au diapason des traditions et de la modernité comme le confesse Linda : «Cela a été spontané, résultant peut-être de mon parcours. Je viens d’une famille traditionnelle, mais je suis une femme de mon temps.» Pour ensuite conclure avec une note d’optimisme volontaire : «Notre ambition, c’est de tenter de créer de nouvelles traditions ! Que les gens qui se sentent bien ensemble soient ensemble.»