La restitution du projet de formation, présentée ce vendredi à Alger, a donné à voir cinq solos et une prestation collective, reliée par la voix de Malika Zarra au niveau de quatre espaces du Bastion 23.

La première présentation publique du projet de transmission et création pour jeunes danseurs algériens et marocains, «Une danse pour demain», a eu lieu avant-hier au Centre des arts et de la culture du palais des Raïs –Bastion 23. Ce projet, cofinancé par l’Union européenne dans le cadre du programme régional Med Culture et l’Institut français de Paris et qui s’inscrit à son tour dans le cadre du projet de la coopérative artistique et culturelle Nacera Belaza de coopération entre l’Algérie et le Maroc – il est le deuxième, après un projet de coopération mené par la chorégraphe entre Oran et Fès –, tend à permettre aux jeunes danseurs de «développer leurs propres outils de réflexion et d’écriture». La restitution du projet, vendredi dernier (organisée par la coopérative Nacera Belaza, en collaboration avec l’espace Darja de Casablanca, l’ambassade de France en Algérie, l’Institut français de Paris et le Bastion 23), est la dernière étape d’un travail de formation mené à Alger et Casablanca auprès de six danseurs algériens et marocains, identifiés et encadrés par les chorégraphes pédagogues qu’elles «souhaitent accompagner dans leur démarche artistique afin de les conduire à développer leurs propres outils de réflexion et de création». La restitution a occupé plusieurs espaces du Bastion 23, avec comme fil d’Ariane, la voix de chanteuse marocaine Malika Zarra, qui a fait le lien entre les différentes prestations-tableaux, et invité à chaque fois le public à changer d’espace. Cette représentation a été une occasion de voir le travail de cinq danseurs, qui commencent à réfléchir sur leur corps et sur l’espace, entamant ainsi un travail exigeant et long, que celui de se questionner et de questionner le monde par le biais du corps, de l’expression du corps. Un corps qui devient un centre, une sorte de catalyseur où se concentrent plusieurs émotions, plusieurs réflexions, plusieurs sens. (Re)découvrir son corps, se mettre à nu, élaborer sa propre réflexion, se dévoiler et se révéler, renaître par la danse… sont autant d’exercices et d’expérimentations qui ont été révélés et présentés lors de cette restitution. Il a été extrêmement intéressant de se retrouver confronté à un corps qui s’exprime, même s’il n’y avait pas de thème particulier. Car, comme nous l’a expliqué Nacera Belaza à l’issue de la représentation, «dans la danse contemporaine, il faut s’accrocher. C’est une danse affranchie des autres codes des autres danses. C’est une danse de l’intériorité qui exprime ce qu’on ressent, qui est au plus près de l’être humain, et ça c’est une chance inouïe. Après c’est vrai que c’est déstabilisant pour un public qui a l’habitude de voir des belles formes et là d’un coup il sent qu’il y a d’autres choses qui sont exprimées. Il doit vraiment accepter d’être face à ça, accepter d’être face à un être humain qui s’exprime et ce que ça peut renvoyer comme effet de miroir chez soi». Nacera Belaza, qui est intervenue «deux semaines au Maroc pour travailler avec le groupe marocain, et puis deux semaines en Algérie» pour mettre ce travail en espace, est également revenue sur la genèse du projet, en soulignant : «Je travaille en Algérie depuis des années, je forme, je crée, et Meryem Jazouli fait la même chose chez elle, et on s’est rendu compte qu’en formant les danseurs, une fois qu’ils étaient formés ils partaient à l’étranger. Donc on s’est demandé s’il n’était pas plus intéressant de les aider à faire de la chorégraphie, leur donner des outils pour qu’ils deviennent eux-mêmes, de commencer à élaborer une écriture, et puis peut-être de la transmettre aux autres, et puis peut-être construire des compagnies etc.». En tout cas, les performances des jeunes danseurs montrent bien que les chorégraphes pédagogues les ont aidés lors de ce temps de formation à explorer le champ des sens et des possibles pour élaborer une réflexion et à l’exprimer par le corps. Jalons d’une démarche artistique et début d’un long travail de (ré)appropriation de leurs propres corps aussi…