Le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) Abderrazak Makri a prononcé, hier, un long discours face aux structures du MSP implantées dans la capitale, Alger. La rencontre, qui intervient au lendemain de l’anniversaire des deux ans du mouvement populaire et d’importantes manifestations dans plusieurs villes du pays, a ainsi été marquée par une série de déclarations et lectures politiques sur les deux ans écoulés.

Le président du MSP, en évoquant aussi les prochaines échéances électorales, dont l’élection législative, a par ailleurs demandé au Président de la République de garantir «sa promesse» que les scrutins soient «sans la moindre fraude». Abderrazak Makri, qui s’est en ce sens opposé à toute idée de «période de transition», a évoqué et mis en garde contre un prétendu «complot laïc» qui chercherait à annuler les élections : «il y a des voix qui parlent au nom du Hirak et qui cherchent à imposer une période de transition (…) Je dis à ceux qui m’écoutent, vous devez comprendre qu’il y a un complot conduit par le courant laïc radical. Celui qui ne veut pas d’élection parce qu’il sait qu’il n’aura aucune chance.»
Discours aux airs de meeting de prè-campagne, l’élément central entendu hier aura été la revendication d’une place de leader de l’opposition au «système», mais aussi de précurseur dans la naissance du mouvement populaire. Ainsi, Abderrazak Makri explique «en réponse» aux personnes qui s’attaqueraient au MSP et remettraient en cause «son adhésion» au Hirak : «Qui vous donne le droit de représenter le Hirak, tout particulièrement vous, qui êtes apparus durant les manifestations ? Ils viennent aujourd’hui remettre en cause le rôle de ceux qui militent depuis 40 ans». Le responsable du MSP, en se montrant particulièrement irrité des critiques et attaques qui lui seraient adressés sur son rôle politique, ajoute que les critiques sont montées d’un cran et vont aujourd’hui jusqu’à la limite de l’agression : «Que celui qui veut nous attaquer, ose le faire.»
Et le responsable du MSP, dans une déclaration quelque peu surprenante, où il donne pour exemple l’altercation entre le militant Samir Belarbi et un «homme qui lui avait dit dégage», a déclaré hier «qui es-tu pour insulter un homme sorti pour s’exprimer, puis diffuser la vidéo sur Facebook ? (…) Imaginons que cela arrive à un chef du MSP. Vous savez, que nous avons aussi des militants un peu déséquilibrés, qu’aurait-on dit si l’un d’eux se met à frapper (…) Nous voulons éviter les bagarres».
Par ailleurs, et sur un tout autre registre, le président du MSP a de son côté taclé, sans toutefois le nommer, l’un de ses adversaires politiques qu’est l’ancien général Ali Ghediri, actuellement incarcéré. Abderrazak Makri le présente, en effet, comme l’une des options du «régime» en 2019 : «Le régime politique avait des dissensions, trois projets s’affrontaient : le cinquième mandat, le prolongement et le projet de l’Etat profond qui voulait imposer un ancien militaire laïc pour succéder à Bouteflika.»
Revenant dans cette même logique sur sa vision de l’histoire du mouvement populaire, le président du MSP met en avant le rôle primordial de son parti dans la naissance et la conduite du Hirak en expliquant notamment : «Nous avons appuyé les appels à sortir trois jours avant le Hirak, dans une conférence de presse qui est enregistrée (…) Nous avons envoyé des instructions aux militants pour sortir. Le MSP est authentique au Hirak. Nous avons été le seul parti dans la rue le 22 février 2019.» Abderrazak Makri, qui a également évoqué hier les dernières manifestations, explique que l’objectif est aujourd’hui de construire l’indépendance nationale du pays, loin des interventions étrangères dont celles des «Emirats» et de «la France». Cet objectif ne pourrait voir le jour qu’en dépassant les clivages régionalistes, « il est heureux de voir que le Hirak d’hier a cassé les particularités régionales (…) Chaque région est fière des autres, on ne construit pas un pays en niant une de ses composantes, d’autant que nous sommes musulmans». Le président du MSP nuance par ailleurs le caractère religieux de son discours en expliquant plus loin que «le rôle d’un homme politique est de rassembler, non de diviser». <