Le Président de la République a accordé une interview à la chaîne de télévision Al Jazeera, diffusée dans la soirée d’hier. Une prestation au cours de laquelle il a défendu sa politique et conféré une cadence particulière à l’actualité électorale du pays. C’est la seconde sortie médiatique de Abdelmadjid Tebboune sur un média étranger en l’espace de quelques petits jours, après l’interview accordée à la fin de la semaine dernière à l’hebdomadaire français Le Point. C’est, en outre, le premier entretien accordé par un président algérien à la chaîne qatarie depuis son lancement. Au micro du journaliste algérien exerçant à Al Jazeera, qui animait l’interview d’hier, le chef de l’Etat a abordé divers sujets liés à l’actualité nationale et internationale, notamment le Hirak, le phénomène de la corruption qui a ruiné le pays sous l’ère du président déchu et le pouvoir de la issaba, la situation en Libye, les dossiers du Sahara occidental ou encore les relations avec la France.

Par Feriel Nourine
Sur le plan interne, c’est le dossier du Hirak qui a dominé la séance des questions-réponses contenues dans l’interview, la première accordée par un président algérien à Al Jazeera depuis son lancement, faut-t-il le souligner.
A l’occasion, il a reconduit le même discours qu’il tient à l’adresse de ce mouvement populaire depuis son intronisation à la tête du pays. «Le Hirak béni et authentique a sauvé l’Etat algérien de dissolution», a-t-il affirmé une nouvelle fois, soulignant que le triomphe du Hirak est le fruit de «son pacifisme sous la protection des services de sécurité et de l’armée».
Abordant l’actualité toute récente du Hirak, M. Tebboune a estimé que les marches organisées ces dernières semaines «sont dépourvues d’identité et ne sont pas unies intellectuellement, encore moins dans leurs revendications et slogans». Il ajoutera que durant le règne de Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie se trouvait «sous l’emprise de la issaba», expliquant que «13 millions d’Algériens sont parvenus à sauver le pays du cinquième mandat et de la prolongation du quatrième mandat».
Ceux qui sont identifiés comme Issaba «ont volé des centaines de milliards de dollars pour les transférer vers l’étranger», a insisté le Président de la République, ajoutant que «la mafia voulait que la maladie de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika dure le plus longtemps possible pour lui permettre de s’emparer du pouvoir». L’étendue de la corruption était «immense», a-t-il poursuivi, expliquant qu’«à ce jour, nous continuons à découvrir les ramifications de ce phénomène, dans sa face apparente comme dans sa face occulte». Face à cela, «la justice a saisi et récupéré tous les biens des membres de la issaba qu’elle a mis à la disposition du Trésor public», dira encore le Président interviewé.
Concernant la relation entre la présidence et l’Armée nationale populaire, le premier responsable du pays dira qu’elle est «naturelle» et que l’ANP est «une institution constitutionnelle qui sacralise la Constitution du pays». Partant, la stabilité en Algérie est due à la force de son armée», s’est-il réjouit.

«L’Algérie ne voulait pas que Tripoli tombe entre les mains des mercenaires»
Comme sur la scène nationale, le chef de l’Etat a mis en évidence le rôle de l’ANP sur la scène internationale, notamment dans le cas des situations de crise qui prévalent dans des pays voisins et qui menacent automatiquement la stabilité de l’Algérie. C’est d’ailleurs dans ce registre que sont inscrites les dernières manœuvres et exercices militaires tactiques de l’armée, laquelle se prépare en «prévision de toute urgence», a indiqué M. Tebboune, avant de dévoiler que l’Algérie «était prête à intervenir, d’une manière ou d’une autre», dans le conflit libyen afin «d’empêcher que Tripoli ne tombe entre les mains des mercenaires», a-t-il expliqué. «On ne pouvait pas rester les bras croisés», a-t-il ajouté, rappelant que l’Algérie avait prévenu que la capitale libyenne était «une ligne rouge» et que le message «était arrivé à destination», faisant que «Tripoli n’a pas été occupée».
Un rappel qui renvoie à janvier 2020, lorsque, à l’issue d’une audience accordée à Fayez al-Sarraj, alors président du Gouvernement d’union nationale libyen (GNA), Abdelmadjid Tebboune avait déclaré qu’il considérait Tripoli comme une «ligne rouge, que personne ne doit franchir». Cette déclaration sera suivie sur le terrain par des manœuvres militaires menées par l’ANP à In Salah, à la frontière avec la Libye, dans une période où ce pays voisin était livré à une guerre fratricide menée par les troupes du maréchal Haftar contre celles du GNA pour le contrôle de la capitale de la Libye.
Le Président de la République n’hésitera d’ailleurs pas à mettre l’instabilité qui règne au Mali et dans des pays du Sahel sur le compte des évènements en Libye. «La crise au Mali et au Sahel a été provoquée par l’instabilité qui s’est installée en Libye», a-t-il constaté, soulignant que des caravanes transportant des armes lourdes et légères se dirigeant vers la région du Sahel ont été localisées par voie de satellite sans qu’elles soient empêchées de poursuivre leur chemin ou arrêtées.
Abordant le dossier du Sahara occidental, le chef de l’Etat dira d’emblée que «ce n’est pas nous qui avons un problème avec le Maroc, mais c’est plutôt le Maroc qui a un problème avec nous». Et de rappeler que l’affaire du Sahara occidental est «entre les mains du Conseil de sécurité de l’ONU» et cette instance considère que ce pays est «colonisé».
Concernant la question palestinienne, le Président Tebboune a soutenu que «la position de l’Algérie est constante, imprescriptible et immuable». Rappelant l’accord conclu dans le cadre de la Ligue arabe sur la base du principe de «la terre contre la paix» qui prévoit l’établissement de l’Etat de Palestine comme préalable à la paix, il a souligné qu’«il n’y a hélas aujourd’hui ni paix ni terre», d’où les interrogations sur l’utilité de la normalisation.
Interrogé sur l’état des relations entre l’Algérie et la France, l’intervenant répondra en relevant, entre autres, l’existence en France de trois lobbys qui visent l’Algérie. Ces derniers sont «en constant désaccord entre eux», a-t-il noté, expliquant que «le premier est celui des anciens colons qui ont quitté l’Algérie après l’Indépendance et transmis leur rancœur à leur descendance, le deuxième est le prolongement de l’Armée secrète française, et le troisième comprend des Algériens qui ont choisi de soutenir la France». Pour ce qui est de l’éditorial du journal Le Monde sur l’Algérie, il a déclaré que l’Algérie dont parle ce journal «n’est pas l’Algérie que nous connaissons».