Les réactions contre les arrestations de manifestants pour port de l’emblème amazigh se succèdent. Des militants de l’amazighité ont adressé, en effet, une lettre aux hautes autorités de l’Etat auxquelles il est demandé de « mettre un terme » à ce qu’ils qualifient de « chasse aux porteurs de l’emblème amazigh».
S’appuyant sur la reconnaissance par la Constitution de 2016 de tamazight, les signataires de la lettre, dont l’ancien militant du Mouvement culturel berbère (MCB) Brahim Tazaghart, et Rebai Mebarki du Mouvement culturel des Aurès (MCA), s’indignent contre les arrestations qui ciblent les porteurs de drapeau de l’étendard amazigh. Ils regrettent, dans ce sens, que la mesure d’interdiction d’exhiber le drapeau berbère soit source de division d’un peuple qui « reconstruit merveilleusement son unité, fragilisée par la mauvaise gouvernance qui a menacé les fondements de l’Etat ». Pour ces militants, le déferment devant la justice de jeunes porteurs du drapeau berbère pour atteinte à l’unité nationale est « alarmant », du fait qu’aucune loi n’interdit l’exhibition des symboles culturels, identitaires, spirituels ou sportifs d’autant qu’ils ne sont nullement « concurrents du drapeau national ». Ils rappellent que l’emblème amazigh est fédérateur, car symbolisant l’union nord-africaine dans son histoire et son anthropologie, relevant que l’emblème amazigh est un moyen de « consolidation de la cohésion et de la stabilité de la région nord-africaine et non un facteur de division ». L’esprit des rois numides, selon les signataires de la lettre, «interdit formellement aux militants amazigh de porter atteinte à l’unité de leurs pays». « Le mouvement amazigh était toujours là pour l’Algérie, sa libération et son unité. En 1930, face au slogan de «la France est la continuité de Rome», qui a marqué le centenaire de la colonisation, la permanence du fait amazigh a offert aux patriotes algériens le moyen de défendre la nation », expliquent-ils.
« Si la France est la continuité de Rome, la résistance du peuple algérien à la colonisation française est la continuité de la résistance amazighe à Rome », lit-on encore dans la lettre. Ces derniers soutiennent que la célébration du 57e anniversaire de la fête de l’Indépendance est « une occasion pour décider de la libération des manifestants arrêtés pour port de l’emblème amazigh, ainsi que de tous les détenus d’opinion ».
Manifestants arrêtés le 21 juin : Procès prévu demain et mercredi
Les 17 manifestants arrêtés à Alger en possession d’un drapeau berbère comparaîtront les 7 et 10 juillet devant la Cour d’Alger, apprend-on du Collectif des avocats pour le changement et la dignité. Treize parmi eux ont répondu, devant le Procureur du parquet Sidi-M’hamed, et 4 autres, devant le Parquet de Baïnem, aux accusations « d’outrage à corps constitué et atteinte à l’unité nationale pour avoir brandi un drapeau berbère ». La Cour d’Alger a ainsi programmé pour prévenus mis sous mandat de dépôt, depuis le 23 juin dernier, deux audiences pour les deux groupes. Une est prévue demain dimanche, tandis que la deuxième est programmée mercredi prochain.
« La Chambre d’accusation de la Cour d’Alger examinera les appels contre les ordonnances de mandat de dépôt prises à l’encontre des citoyens arrêtés lors de la marche du vendredi 21 juin 2019 et ce, en audience, les 7 et 10 juillet», indique un avocat, membre du collectif. Ce dernier relève, à ce propos, que la Constitution «n’interdit pas l’exhibition publique de l’emblème amazigh ni le port d’un emblème autre que le drapeau national mais prévoit en contrepartie une peine en cas d’outrage au drapeau national prévu par l’article 146 du Code pénal ».