Synthèse de Feriel Nourine
Dans une interview parue hier sur le magazine allemand Der Spiegel, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a de nouveau mis en avant les opportunités offertes aux investisseurs étrangers par la nouvelle loi sur les hydrocarbures.
«En 2020, une nouvelle loi sur la production de pétrole et de gaz naturel est entrée en vigueur. Nous y avons inclus des normes internationales pour les contrats, le partage de la production et les contrats à risque», a indiqué M. Arkab, rappelant qu’«avant, les investisseurs devaient passer par diverses agences gouvernementales et c’était un peu opaque». Aujourd’hui, «ils ont un interlocuteur clair et des processus simplifiés. Avec notre partenaire italien ENI, nous avons signé les premiers contrats dans le cadre de cette nouvelle loi», a-t-il souligné à propos du même sujet.
Le ministre a évoqué la nouvelle loi qui régit son secteur après avoir invité les entreprises allemandes à venir investir en Algérie. Il répondait, en fait, à la question de savoir si l’Algérie était prête à fournir du gaz à l’Allemagne «dès demain». «Nous disons, si l’Allemagne veut nous acheter du gaz, alors ouvrez de nouveaux gisements avec nous. Comme les Italiens l’ont fait avec le groupe ENI. Nous avons un programme ambitieux de 39 milliards de dollars pour accroître la production dans le secteur pétrolier et gazier d’ici 2026. L’entreprise publique d’énergie Sonatrach lèvera la majorité et nous recherchons des partenaires pour le reste. Nous espérons que les Européens ne changeront pas de cap et nous laisseront seuls avec les investissements. Pendant longtemps, l’Europe a défendu la protection de l’environnement et n’a fait aucune distinction entre le pétrole et le gaz. En conséquence, aucun investissement n’a été réalisé», a répondu l’intervenant.
Concernant la crise entre l’Algérie et l’Espagne, M. Arkab a réitéré l’engagement de l’Algérie à honorer les accords conclus avec ce gros client de gaz. «Nous avons prolongé les contrats avec l’Espagne et il n’y a eu aucun problème. L’Algérie honore ses obligations conventionnelles et les honorera toujours. Nous avons toujours été un fournisseur fiable pour l’Europe, même lorsque notre pays était en guerre», a-t-il soutenu. Côté prix, il a mis l’accent sur les clauses concernant ce registre. «Les contrats d’approvisionnement sont réévalués tous les trois ans, tant en volume qu’en prix», a-t-il dit. «Lorsque les prix du pétrole augmentent sur le marché international, les prix du gaz font de même. Il est donc évident qu’une augmentation est en cours de discussion», a-t-il précisé en donnant l’exemple de la renégociation des volumes et des prix avec l’Italie récemment. «Maintenant c’est le tour de l’Espagne», a-t-il expliqué.
Interrogé sur le «regain d’intérêt européen» pour le gaz algérien, l’interviewé répond que «notre marché traditionnel du gaz naturel a toujours été l’Europe» et que «la majorité de nos exportations passent par deux pipelines vers l’Espagne et l’Italie». «De plus, nous fournissons du GNL, et nous avons intérêt à étendre nos activités avec l’Europe et pouvons augmenter considérablement la production de gaz naturel en peu de temps. Environ la moitié de nos réserves de gaz n’ont pas encore été exploitées», a-t-il ajouté.
Usant de plus détails sur la stratégie d’exportation du gaz algérien vers l’Europe, il dira qu’en plus des canaux de transport existant, il y a «un projet de deuxième gazoduc vers l’Italie, qui est actuellement en suspens». M. Arkab ne manquera pas de citer, également, le projet de gazoduc Transsaharien (TSGP) qui alimentera en gaz l’Europe à partir du Nigeria en passant par le Niger et l’Algérie. «Le deuxième projet sur lequel nous travaillons actuellement est le gazoduc Transsaharien, long de 4 000 kilomètres, qui relie le Nigeria à l’Algérie via le Niger. De nombreuses infrastructures ont déjà été mises en place en Algérie. Le gazoduc peut être achevé en trois ans et nous pouvons transporter 20 à 30 milliards de mètres cubes de gaz à partir du Nigeria», a-t-il expliqué.
Quant au projet concurrent au TSGP, que les autorités marocaines veulent mettre en place en le faisant passer par leur pays pour le même objectif d’alimenter l’Europe, M. Arkab mettra en avant les avantages du projet qui passe par l’Algérie. «Notre pipeline est plus sûr et économiquement viable. L’autre oléoduc traverserait 12 pays sur 6 000 kilomètres et une partie traverserait l’Atlantique. C’est infiniment plus compliqué et le financement n’est pas clair non plus. L’Algérie, en revanche, a les moyens et est disposée à financer une grande partie du gazoduc transsaharien», a-t-il insisté.