Dans une déclaration «commune» publiée à la veille de la clôture de la campagne référendaire, trois partis politiques islamistes et partisans du «non» au projet de révision constitutionnel ont annoncé qu’ils appelaient, ensemble, le «peuple algérien à voter non». Les trois formations, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), le Front de la justice et du développement (FJD) et le Mouvement de la renaissance islamique (Ennahdha), rejointes par trois autres structures «en formation», ont ainsi fait savoir qu’elles «renouvellent leur refus collectif» du texte soumis demain aux électeurs.
Les partis politiques, qui se sont réunis le 28 octobre dernier à Alger, appuient leur position en précisant que le «processus» de révision constitutionnelle avait perdu sa «crédibilité» et sa «transparence» dès sa rédaction, avec la nomination d’une commission qu’ils considèrent «non représentative et non équilibrée». Ajoutant à ce titre que le projet avait abouti à un texte «choquant» et «décevant». La déclaration rendue publique dénonce le caractère «d’urgence» par lequel est passé le projet de révision constitutionnelle, ainsi que «le non-accès aux médias» et «l’absence de dialogue» dont aurait été victimes les partisans du refus de la nouvelle Constitution. Une loi fondamentale qui ne répond également pas «aux demandes du Hirak du 22 avril 2019 et qui ne comble pas les espoirs de changement global du peuple algérien», est-il souligné. Les signataires de la déclaration commune argumentent également leur position politique en notant que le texte «ne remplit pas les engagements du Président de la République».
Quant au fond des critiques des trois partis politiques, partisans du «non», il se concentre essentiellement sur les questions de séparation des pouvoirs, des droits et libertés… Le projet conserverait, selon eux, «les limitations des droits et libertés» en plus de «complexifier davantage» la nature du système politique en consacrant encore le modèle «présidentiel (…) sans séparation des pouvoirs et sans consacrer l’indépendance totale du pouvoir judiciaire». Partis politiques de l’opposition qui ajoutent que le projet de réforme constitutionnel «approfondit l’opacité» en ce qui concerne les questions «d’identité». Ce dernier point, devenu une critique récurrente pour les partis à tendance «islamiste», a en ce sens été développé par Bouabdellah Benadjmia. Le porte-parole du MSP a ainsi déclaré hier à l’AFP que la nouvelle Constitution est «trop profane» car elle consacre selon lui «la laïcité de l’école et de la mosquée». Le Front de la justice et du développement (FJD) d’Abdallah Djaballah avait quant à lui dénoncé le texte en le considérant comme une «Constitution laïque» dont les principes sont «inacceptables dans une société musulmane».
Des critiques qui ne font, cependant, pas l’unanimité des partis de même tendance. Les mouvements El-Islah et El-Binaa se sont, pour rappel, prononcés pour le «oui». En expliquant notamment que le projet de révision «porte des véritables revendications démocratiques exprimées par les Algériens», selon le mouvement El-Islah. Le mouvement El-Binaa, lui, considère que le projet «constitue la meilleure option pour le peuple algérien».