La rencontre d’aujourd’hui et demain entre le gouvernement, le patronat et le partenaire social intervient dans un contexte général marqué par les conséquences de la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus et le choc économique qu’elle a provoquée à tous les niveaux d’activité à l’exception de l’agroalimentaire, du pharmaceutique et du parapharmaceutique : trois secteurs qui, selon l’avis des experts, ont pu échapper aux difficultés rencontrées par les entreprises des autres secteurs dont certains sont aujourd’hui quasiment sinistrés, selon des déclarations de membres de la commission d’évaluation des incidences de la Covid-19.

Le rapport d’étape que cette commission a élaboré (lire notre édition du lundi 17 août) devrait dans sa copie finalisée de document de travail aux membres de cette tripartite pas comme les autres et dont l’enjeu est de trouver des solutions immédiates aux causes sanitaires et économiques de la crise, mais d’apporter également des réponses au projet de «reconfiguration» de l’économie algérienne, selon les termes utilisés hier par le ministre délégué à la prospective Mohamed-Cherif Benmihoub.
En somme, il s’agit d’aller au défi d’une conjoncture extrêmement contraignante. Pour 2020, les prévisions les plus pessimistes des institutions internationales, rappellent les experts, annoncent par exemple «un déficit budgétaire avoisinant les 17% du PIB». Pour la croissance économique, les mêmes institutions prévoient pour cette année «une contraction du PIB entre 4,6% et 5,4%». Pour 2021, «le déficit budgétaire devrait se situer aux alentours de 14% du PIB pour une croissance de l’ordre de 1, 9%». Selon le rapport d’étape de la commission d’évaluation, «seulement 4% du total des entreprises employant 16609 travailleurs ont maintenu leurs activités…»
Face à cette situation, et en ce qui concerne les solutions à produire dès à présent, il n’est pas question de recourir au financement extérieur ni d’y contracter des prêts, comme l’a confirmé à nouveau, hier, à la radio Chaine III, M. Benmihoub. Il devrait y avoir dès aujourd’hui la confirmation d’un plan de sauvegarde des entreprises et du pouvoir d’achat des ménages dont le financement – quelque 2250 milliards de dinars, l’équivalent de 20 milliards de dollars – sera opéré à partir des caisses d’affectation spéciales ou des fonds spéciaux de l’Etat. Il s’agit de profiter des marges de manœuvre dont dispose le gouvernement pour relancer l’économie, préserver l’entreprise en difficulté et l’emploi et garantir le maintien du pouvoir d’achat des salariés. Et d’envoyer des signaux d’apaisement au patronat et aux partenaires sociaux, ce qui semble réussi. Bien avant le début de la tripartite aujourd’hui, on évoquait, en effet, une «convergence» des vues et des positions entre ces deux parties et le gouvernement Djerad pour un consensus nécessaire au futur grand et rugueux chantier de bâtir un nouveau système économique. Un système débarrassé, selon le ministre délégué à la prospective, des «oligopoles», des «monopoles», de la «rente» et de la «bureaucratie» ; et pour être apte à «libérer totalement l’initiative». L’ambition du gouvernement, a dit M. Benmihoub, est de reconstruire l’économie algérienne en «libérant l’investissement y compris dans les professions réglementées» et «déboulonner» le système actuel aussi bien dans son versant «institutionnel» que «structurel» pour qu’il «produise de la ressource».
Pour les onze ateliers prévus à ce sujet, aujourd’hui et demain, il sera question du développement des secteurs agricole et minier, de l’énergie, de l’investissement, du commerce extérieur, des microentreprises, des transports, de la logistique, du BTPH, de l’industrie pharmaceutique. A ce sujet, l’Algérie «présente quelques atouts de nature à préserver sa résilience relative, notamment ses réserves de change, son taux faible d’endettement interne et externe, son système social de solidarité et une certaine expérience avérée en matière de gestion des crises», lit-on dans le rapport d’étape de la commission d’évaluation de la crise sanitaire sur l’économie du pays. Mais le tout doit être vu sous l’angle «pragmatique» de la «soutenabilité budgétaire de l’Etat» qui aura à mettre encore la main à la poche, en attendant que les réformes envisagées relancent l’investissement et ouvrent la voie à des IDE générateurs de ressource, a rappelé hier le ministre délégué à la prospective. n