Le vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, a suggéré, hier, depuis Ouargla, la convocation du corps électoral le 15 septembre prochain. Il a insisté à nouveau sur
la tenue d’une élection dans les «délais réglementaires» ainsi que sur l’installation «rapide» d’une instance nationale indépendante pour la préparation, l’organisation et la surveillance des élections.

Il a également souligné à la même occasion la nécessité de la révision de la loi électorale «pour s’adapter aux exigences de la situation actuelle».
Même si les délais sont très courts, Ahmed Gaïd Salah tient mordicus à sa position initiale, considérant que l’élection présidentielle est l’unique solution pour une sortie de crise, et balaie ainsi toutes les autres initiatives se rapportant à une issue par une transition politique, même si les défenseurs des deux options partagent le constat d’une situation très difficile aussi bien au plan politique qu’économique. Le chef d’état-major a insisté sur deux conditions techniques qu’il faudra réunir dans les plus brefs délais avant la convocation du corps électoral le 15 septembre prochain : l’installation d’une instance de préparation, d’organisation et de surveillance des élections et la révision de la loi électorale. Le panel de dialogue et de médiation, mené par Karim Younes, doit donc hâter la satisfaction de ces deux préalables techniques dans un laps de temps de 12 jours seulement.
L’ancien président de l’Assemblée, encarté FLN, qui conduit actuellement l’opération de dialogue et de médiation, a aussitôt réagi pour dire que son panel se donne un délai de «48 heures pour installer les personnes en charge de réviser la loi électorale ainsi que pour la constitution de la haute commission autonome chargée de l’organisation des élections». En toile de fond de cette course contre la montre pour la satisfaction des deux préalables techniques suggérés par le vice-ministre de la Défense, d’autres conditions techniques et politiques restent posées et/ou en attente d’être satisfaites.
La révision des listes électorales, la sécurisation de la campagne électorale et la mise en branle de l’administration et des autres appareils chargés de l’organisation des élections… autant d’actions qui doivent être menées dans des délais très courts, mais qui conditionnent, les unes et les autres, la tenue du scrutin dans les meilleures conditions. La question qui se pose est celle de savoir si les services compétents sont en mesure de se mettre en mouvement dans un délai d’à peine 12 jours. Car, la convocation du corps électoral signifie que l’on est fin prêt à tous les niveaux pour l’organisation d’une élection dans les 90 jours prévus par la loi.
Quant aux conditions politiques, dont certaines sont esquissées dans le document de base négocié par le panel de Karim Younès avec le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, elles sont jusqu’ici restées lettre morte dans les bureaux de la présidence. Les membres du panel, faut-il le rappeler, ont proposé sept mesures d’apaisement nécessaires à l’entame de leur opération de dialogue et de médiation. Il s’agit de «l’impérieuse nécessité de la libération de tous les détenus du Hirak, dans l’urgence, dans un premier temps», du «respect du caractère pacifique des manifestations par les forces de l’ordre», de la «cessation des actes de violences et d’agressions à l’encontre des manifestants pacifiques du Hirak et des étudiants», «l’allègement du dispositif policier notamment dans la capitale lors des marches hebdomadaires», «l’ouverture de tous les accès à la capitale les jours des marches», de la «libération du champ médiatique tel que revendiqué par les professionnels de la presse et souhaité par la population en général », ainsi que du «départ du gouvernement en place et son remplacement par un gouvernement de consensus, formé de technocrates non partisans ». Aucun de ces préalables, qui sont aussi des conditions politiques à une organisation d’un scrutin présidentiel, n’a été jusqu’ici satisfait et ce en dépit des promesses faites par le chef de l’Etat.
Même Smaïl Lalmas, ex-membre du panel, qui avait démissionné au lendemain du refus des préalables par le vice-ministre de la Défense, a estimé, hier, que « l’organisation de l’élection présidentielle dans le contexte actuel est un retour à la situation d’avant le 22 février ». Pour ainsi dire, même si le panel venait à passer le cap de la révision de la loi électorale et de l’installation de la commission de préparation et de surveillance des élections, la satisfaction de ces deux préalables techniques serait insuffisante pour la tenue d’une élection et la garantie d’une adhésion de l’électorat à cette solution.n