Le projet de révision de la Constitution sera « prêt au plus tard, d’ici le début de l’été« , a affirmé mercredi le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, soulignant que le texte adopté par le Parlement sera ensuite soumis à un référendum « le plus tôt possible ». « Nous aurons notre Constitution au plus tard d’ici le début de l’été, et nous ferons en sorte que le référendum se tienne le plus tôt possible« , a-t-il déclaré dans un entretien (publié ce mercredi) accordé au quotidien français Le Figaro. Auparavant, le projet de révision de la Constitution fera l’objet de larges consultations auprès des acteurs de la vie politique et de la société civile. « Un premier document va être remis à près de 600 partis, associations, syndicats, corporations, etc. Ils auront un mois pour en débattre librement, et il reviendra ensuite vers le comité de rédaction« , a-t-il précisé.

Révision de la loi relative au régime électoral

En plus du processus de révision de la Constitution, engagé au début de l’année, le président de la République a annoncé l’ouverture du chantier de la révision de la loi relative au régime électoral. « Le deuxième chantier sera celui de la loi électorale, qui est censée parfaire nos institutions élues« , a-t-il affirmé, faisant remarquer que « le nouveau Parlement sera amené à jouer un plus grand rôle, mais pour cela, il a besoin d’être assez crédible et ne souffrir d’aucun déficit de légitimité pour sa représentativité« . Une des conditions sine qua none pour cela, a-t-il poursuivi, « c’est la séparation de l’argent de la politique« .

Le Hirak

Évoquant les manifestations organisées, chaque vendredi, le président Tebboune a soutenu que même si « il y a encore, tous les vendredis, une présence citoyenne dans la rue, les choses commencent à s’apaiser« . Il a affirmé, à ce propos, que « de nombreux Algériens ont compris qu’on ne peut pas réformer, réparer, restaurer ce qui a été détruit pendant une décennie en deux mois« . « J’ai prêté serment le 19 décembre. Mais j’accepte qu’on me demande d’aller plus vite, cela prouve que les gens ont l’espoir de changement« , a-t-il ajouté. Il a estimé, dans ce contexte, que « le Hirak a obtenu pratiquement tout ce qu’il voulait : il n’y a pas eu de cinquième mandat, ni de prolongation du quatrième mandat, puis le président a démissionné. Les têtes les plus visibles de l’ancien système sont également parties, et la lutte a été engagée contre ceux qui ont mis l’économie à genoux« . Pour lui, il « reste les réformes politiques« , assurant qu’il en ai fait « sa priorité« . « Je suis décidé à aller loin dans le changement radical pour rompre avec les mauvaises pratiques, moraliser la vie politique, et changer de mode de gouvernance« , s’est-il engagé. Interrogé sur le véritable rôle de l’armée, le chef de l’Etat a affirmé que celle-ci « accomplit ses missions constitutionnelles, elle ne s’occupe ni de politique, ni d’investissement, ni d’économie. Elle est là pour sauvegarder l’unité nationale, protéger la Constitution et les Algériens contre toute infiltration terroriste et toute tentative de déstabilisation du pays« . « Vous ne trouverez aucune trace de son immixtion dans la vie du citoyen si ce n’est lors du service national« , a-t-il ajouté. Il s’est dit, par ailleurs, ne pas se sentir « redevable » qu’envers le peuple qui l’a élu « en toute liberté et transparence« . « L’armée a soutenu et accompagné le processus électoral, mais n’a jamais déterminé qui allait être le président. Si je me suis engagé dans la présidentielle, c’est parce que j’avais un arrière-goût de travail inachevé. Vous savez dans quelles circonstances j’ai quitté la primature« , a-t-il expliqué au journal qui rappelle que Abdelmadjid Tebboune avait été démis de ses fonctions, en 2017, moins de trois mois après sa nomination comme Premier ministre pour être parti en guerre contre les forces de l’argent. « Mon pays étant en difficulté, j’ai pensé pouvoir apporter un plus même si je savais que c’était un sacrifice pour ma famille et moi-même. C’est un devoir« , a-t-il soutenu.

S’agissant de l’une des revendications du Hirak (mouvement de contestation populaire) relative à « un Etat civil, non militaire« , le président Tebboune a précisé que « ce slogan date du 19 juin 1965« , date d’arrivée au pouvoir du président Boumediene. Interrogé sur la neutralisation de la « mafia politico-financière » dont de nombreuses figures sont aujourd’hui en prison, le président de la République a affirmé que « la corruption et l’accumulation d’argent sale ne s’effacent pas avec du correcteur« . « La tête de la mafia a été coupée mais pas le corps. De l’argent sale circule encore. Chaque jour, de nouveaux responsables, des pseudos hommes d’affaires se retrouvent devant la justice« , a-t-il ajouté. Les fondements de l’Etat algérien, a-t-il poursuivi, « doivent être sains« . Il a estimé, à ce titre, que « ce qui nous attend est bien plus grand que les travaux de Sisyphe« . « Nous sommes en train de reconstruire, mais ça va prendre du temps. Aucun Etat moderne ne s’est bâti en une génération. La Ve république en France a commencé en 1958 du siècle passé ! Commençons par tracer les contours de notre nouvel Etat sur le plan constitutionnel, puis institutionnel, puis économique« , a-t-il plaidé. Le chef de l’Etat a mis l’accent, par ailleurs, sur l’urgence de sortir l’Algérie de la dépendance aux hydrocarbures, estimant que cette « richesse divine épuisable« , doit « générer des richesses plus durables« . « L’Algérie regorge d’autres ressources dont la principale est sa jeunesse instruite. Ma génération est restée dans son carcan mais les jeunes sont en contact avec le monde entier. Des jeunes formés sur les bancs de l’école algérienne sont sollicités pour leur dynamisme et leur savoir faire, partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe« , a-t-il affirmé. Il a expliqué, à ce titre, que « c’est dans cet esprit universaliste et par une compétition saine et moderne que nous allons construire un nouvel édifice économique basé sur la valorisation de la production nationale, l’économie de la connaissance et la transition énergétique« . Selon le président de la République, « dans cet édifice, les start-up, TPE et PME seront une pierre angulaire« . « Nous allons aussi réfléchir à mieux valoriser nos produits agricoles sans se retrouver dans des cycles irrationnels de surproduction et de pénuries« , a-t-il indiqué, regrettant que l’Algérie soit « vue par ses partenaires comme un grand marché de consommation« . « Nos maux viennent de l’importation débridée, génératrice de surfacturation, une des sources de la corruption favorisée par de nombreux pays européens où se faisaient la bancarisation, la surfacturation, les investissements de l’argent transféré illicitement. Cela a tué la production nationale« , a-t-il affirmé. Il a annoncé, à l’occasion, l’arrêt de l’importation de kits automobiles. « L’usine Renault qui est ici, n’a rien à voir avec celle qui est installée au Maroc. Comment créer des emplois alors qu’il n’y a aucune intégration, aucune sous-traitance ?« , s’est-il interrogé. A propos de l’article 63 (anciennement 51) de la Constitution qui prive l’Algérie de nombreuses compétences en empêchant les binationaux d’accéder aux hautes fonctions de l’Etat, le président a précisé que « cet article va être changé« . « L’immigration d’origine algérienne à l’étranger a toute sa place ici, et nous œuvrons pour qu’il n’y ait plus de séparation entre les citoyens émigrés et ceux qui sont restés au pays. Ils ont les mêmes droits et possibilités. Qu’ils soient momentanément ou définitivement à l’étranger, leur pays d’origine demeure l’Algérie, et ils y sont les bienvenus« , a-t-il affirmé. Le chef de l’Etat a, toutefois, indiqué que « certains postes, ultrasensibles, qui touchent à la sécurité nationale, ne peuvent pas être ouverts à n’importe qui« .

#RDR/APS