Les récents échanges entre l’Algérie et la Mauritanie, d’abord dans la coopération sanitaire, à travers la mission d’aides dirigée lundi par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, et, aujourd’hui, dans le domaine de sécurité et de défense, via la visite à Alger, du chef d’état-major général des Armées, augurent incontestablement d’une concertation au plus haut niveau, dont la logique est de créer un climat davantage favorable au rapprochement observé depuis des années déjà. Et qui prend une toute autre configuration en ces temps de chamboulement géopolitique annoncé depuis la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.

Un processus qui, aujourd’hui visiblement, prend une allure accélérée qu’on peut raisonnablement expliquer par les chamboulements géostratégiques à considérer dans la suite de la décision de l’administration Trump de reconnaître «la souveraineté» du Maroc sur le Sahara occidental en contrepartie d’une normalisation Rabat-Tel-Aviv.
Ce rapprochement entre Alger et Nouakchott est à suivre pour deux raisons essentielles. La première réside dans le rôle clé de la Mauritanie dans l’espace sahélo-sahélien où de tout temps Nouakchott a eu une importance de premier plan dans les équilibres en vigueur dans cet espace. Il s’agit par ailleurs d’un acteur très souvent sollicité par le Maroc dans le but d’exercer une pression sur Alger.
La deuxième raison réside dans les incertitudes qui pèsent sur le deal Washington-Rabat-Tel Aviv après le départ du staff de Trump et la prise de fonction de son successeur, Joe Biden, à partir du 20 janvier en cours. En effet, sur le plan international, les indications rendues possibles ne plaident pas, côté marocain, à l’enthousiasme. Les poids lourds de la scène, comme l’Union européenne, ne se sont pas prononcés. A contrario, l’Otan vient de battre en brèche la thèse de «marocanité» du Sahara occidental.
En effet, l’Organisation du traité de l’atlantique du Nord (Otan) a retiré, ce 5 janvier, de son article sur le Programme de renforcement de la formation défense (DEEP) de l’Alliance, une carte géographique largement relayée par des médias marocains pour tenter de construire l’idée d’une reconnaissance par l’Otan de la «marocanité» du Sahara occidental, et la remplacer par une carte rectifiée dans laquelle sont clairement indiquées les frontières internationales reconnues, entre le Maroc et le Sahara occidental.
Les médias marocains se sont pourtant empressés ces derniers jours à s’appuyer sur cette carte géographique pour conclure à une caution de l’Otan et à sa «reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental». C’est ainsi que le site 360.ma a écrit, le 1er janvier, que «l’Otan vient d’adopter la carte complète du Maroc incluant son Sahara». De son côté, Hespress.com a cru conclure qu’«après les USA, c’est au tour de l’Otan d’adopter une carte qui consacre la pleine souveraineté du Royaume sur son Sahara». Or, la carte qui a accompagné l’article en question ne vise nullement une quelconque reconnaissance de la «marocanité du territoire du Sahara occidental» du moment que l’Otan n’a jamais publié de communiqué à ce sujet ou sur une prétendue adoption de la carte du Maroc.
S’agissant de la visite de trois jours du Chef d’état-major mauritanien, général des Armées, elle ne peut être observée qu’à la lumière du contexte sécuritaire régional. «Cette rencontre a constitué une occasion pour les deux parties de passer en revue l’état de la coopération militaire bilatérale et échanger les analyses et points de vue sur les questions d’actualité et d’intérêt commun», a indiqué un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN) à l’issue de l’audience accordée par Saïd Chanegriha à son homologue mauritanien Mohammed Bamba Mokit.
Pour M. Chanegriha, «cette visite revêt une importance particulière pour les deux pays frères et qu’elle leur permettra, sans nul doute, de développer leurs relations, notamment, à la lumière de l’évolution du contexte sécuritaire prévalant dans la région». Il a ajouté que «le renforcement de la coopération militaire entre les deux armées sœurs constituait plus qu’une nécessité, en vue de faire face aux défis sécuritaires qui s’imposent dans notre région, et que celui-ci peut se concrétiser à travers la mise à profit des mécanismes de coopération sécuritaire déjà existants, notamment le Cemoc».
M. Chanegriha a souligné, par la même occasion, que «la consolidation de la coopération militaire entre nos deux institutions est plus que souhaitable en vue de faire face conjointement aux défis sécuritaires imposés à notre région et examiner les voies et moyens à même de permettre à nos deux armées d’assurer leurs missions dans ce contexte empreint de risques et de menaces de tout bord».
Le chef de corps d’armée a estimé, dans ce sens, «judicieux de valoriser davantage les mécanismes de coopération sécuritaire déjà existants, à l’instar du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), dont la coopération est axée sur l’échange de renseignements et la coordination des actions de part et d’autre des frontières communes des pays membres». Il a réitéré à cet effet son «entière volonté à œuvrer pour consolider les relations bilatérales militaires en vue de faire face aux différents défis sécuritaires pesant sur nos régions maghrébine et du Sahel».
Pour sa part, le Chef d’état-major mauritanien, Général des Armées a mis en valeur «les relations historiques profondes qui lient les deux pays frères, présentant ses remerciements à l’Algérie pour le soutien multiforme qu’elle apporte au peuple et à l’armée de Mauritanie».