Le Rassemblement national démocratique (RND) répond avec la manière forte au ministre de la Justice, Tayeb Louh, qui a chargé, dans un discours prononcé lundi à Oran, le Premier ministre Ahmed Ouyahia.

Dans un communiqué, rendu public hier, le RND a défendu son secrétaire général, niant en bloc son implication dans la vague d’emprisonnements «arbitraires» des cadres de l’Etat durant les années 90. Pour le RND cette question est «un dossier vide». Poursuivant sa riposte, le RND a remis en cause le chiffre avancé par le ministre de la Justice sur le nombre réel de cadres arbitrairement emprisonnés durant les années 90. «Des voix s’en sont prises, encore une fois, au secrétaire général du Rassemblement national démocratique, Monsieur Ahmed Ouyahia, en faisant allusion au dossier (vide) des cadres emprisonnés dans les années 90», peut-on lire dans le document, qui estime le nombre de cadres touchés par «l’opération mains propres» à quelques dizaines seulement au lieu de plusieurs milliers comme l’a annoncé Tayeb Louh. Le RND rappelle qu’Ahmed Ouyahia n’était pas ministre de la Justice lors de l’emprisonnement de ces cadres. Du coup, le Premier ministre «est innocent», selon le communiqué. «Monsieur Ouyahia n’était pas en charge du secteur de la Justice lors de l’emprisonnement de ces cadres. Il s’agit donc d’une accusation infondée et calomnieuse et une atteinte aux juges indépendants et respectables», dénonce le communiqué.

Dans son document, la deuxième force politique du pays rappelle deux mesures prises par Ouyahia lorsqu’il a été nommé à la tête du ministère de la Justice pour lutter contre les abus et assurer une protection légale aux cadres de l’Etat.
Il s’agit d’abord de «l’instruction ministérielle du printemps 2000, adressée à toutes les juridictions, et qui a interdit toute interférence du ministère dans leur travail» et qui «a interdit à ces juridictions de demander une quelconque orientation dans l’exécution de leurs missions». La deuxième mesure concerne l’amendement du code de procédure pénale pour «empêcher toute poursuite contre des cadres dirigeants sans plainte officielle des instances responsables au niveau de l’entreprise concernée», note la même source.
Par ailleurs, le communiqué n’a pas répondu à l’accusation relative à la proposition du Premier ministre d’imposer des taxes sur les documents biométriques, comme la carte d’identité et le passeport, que le président Bouteflika a annulés lors du Conseil des ministres consacré à l’étude et à l’approbation du projet de loi de finances complémentaire pour l’année 2018. Une proposition très critiquée par l’opposition à l’époque, les associations de consommateurs et autres. Le Premier ministre avait justifié le recours à ces taxes par la nécessité de trouver de nouvelles ressources pour alimenter le Trésor public suite à la baisse des prix du pétrole sur le marché international.
Selon des observateurs, la sortie du ministre de la Justice, Tayeb Louh, est loin d’être anodine. Cet homme, qui ne cache plus ses ambitions politiques, voit en la personne du secrétaire général du RND Ahmed Ouyahia un concurrent potentiel qu’il faut éliminer de la course. En clair, Tayeb Louh cherche à se positionner sur l’échiquier politique national en prévision des prochaines échéances électorales qui auront lieu au printemps prochain. «Tayeb Louh fait dans l’anticipation. Il attaque Ouyahia dans le but de l’affaiblir et de réduire son influence sur la scène politique nationale», explique un observateur de la vie politique nationale. Selon lui, d’autres attaques contre la personne du Premier ministre, au cours des prochains jours, ne sont pas à écarter. <