L’Organisation des Nations unies multiplie les alertes contre les lourdes retombées socio-économiques du coronavirus sur l’ensemble de la planète.

Mais ce sont les pays fragiles et leurs populations pauvres qui risquent de payer un lourd tribut à la pandémie, rappelle une nouvelle fois l’ONU dans sa Note de synthèse sur l’impact de la pandémie de la Covid-19 dans le monde arabe, publiée jeudi.
C’est le cas dans le monde arabe où 14,3 millions de personnes sont en voie d’être précipitées dans la pauvreté, prévoit l’organisation onusienne, précisant qu’avec ces nouveaux cas, la population pauvre dans la région atteindra les 115 millions de pauvres, soit le quart du total de la population globale (436 millions).
Elle prévient également contre des pénuries alimentaires et des hausses de prix à la consommation, sachant que sur ce registre, la région dépend grandement des importations.
Dans le même sens de prévisions pessimistes, la note de synthèse se réfère à l’Organisation internationale du travail (OIT) qui évalue des pertes équivalant à 17 millions d’emplois à temps plein au deuxième trimestre de 2020, alors que 14,3 millions de personnes étaient déjà au chômage dans la région.
Le rapport des Nations unies relève également que la région arabe a initialement maintenu les taux de transmission du virus et de mortalité inférieurs à la moyenne mondiale, mais les tendances récentes sont « préoccupantes », en particulier compte tenu de la fragmentation des services de soins de santé et de l’insuffisance des soins primaires dans de nombreux pays.
La pandémie a également amplifié de nombreux défis vieux de plusieurs décennies, notamment la violence et les conflits, les inégalités, le chômage, la pauvreté, l’inadéquation des filets de sécurité sociale, et un modèle économique qui n’a pas encore répondu aux aspirations de tous.
Face à toutes ces données, l’ONU prévoit que « les répercussions de la pandémie seront probablement profondes et durables ». L’économie de la région « devrait ainsi se contracter de 5,7%, tandis que l’économie de certains pays en conflit devrait reculer de 13%, soit une perte globale de 152 milliards de dollars », conclut la note.
Plaidoyer pour un revenu minimum provisoire
De son côté, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) revient sur l’impact de la Covid-19 sur les pays en développement où 3 milliards de personnes, parmi les plus vulnérables, devraient recevoir un revenu minimum provisoire pour ralentir la pandémie de coronavirus, et appelle à l’adoption « immédiate » d’une telle mesure pour aider les personnes les plus pauvres à rester chez elles et permettre de ralentir sa progression.
Dans un rapport publié mercredi dernier, le programme chiffre ce revenu à environ 199 dollars par mois qui pourraient « fournir un revenu minimum garanti pendant six mois aux 2,7 milliards de personnes vivant en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté dans 132 pays en développement ».
Le rapport souligne qu’il est urgent d’adopter cette mesure, vu que la pandémie « se propage désormais à un rythme de plus de 1,5 million de nouveaux cas par semaine, en particulier dans les pays en développement où 7 travailleurs sur 10 vivent grâce aux marchés informels et ne peuvent pas gagner d’argent s’ils restent chez eux ».
Pour l’administrateur du Pnud, Achim Steiner, il s’agit d’«un moment historique sans précédent qui exige des mesures sociales et économiques sans précédent », et « les plans de sauvetage et de relance ne peuvent pas se concentrer uniquement sur les grands marchés et les grandes entreprises », a-t-il souligné, ajoutant qu’« un revenu minimum provisoire pourrait permettre aux gouvernements de fournir aux personnes confinées une sécurité financière (…).