Difficile de recenser le nombre d’Algériens qui ont battu le pavé, hier dans les villes de l’intérieur du pays à l’occasion de la fête de l’Indépendance nationale, mais ils étaient nombreux, très nombreux à avoir scandé des slogans pour le départ du système et la libération des personnes placées en détention préventive pour avoir exprimé une opinion ou arboré l’étendard amazigh.

A Tizi-Ouzou, c’était un tsunami humain qui a déferlé. Des marcheurs festifs et déterminés, brandissant des milliers d’emblèmes aux couleurs nationales et amazighes, ont pris possession de l’artère principale de la ville, sur un itinéraire de plus de deux kilomètres. « Libérée les détenus d’opinion », « Libérez l’Algérie », ont-ils scandé en force, réclamant la libération du résistant anticolonial et figure de l’opposition Lakhdar Bouregaâ. « Le 5 Juillet 1962, nous avons libéré l’Algérie, il nous reste à libérer les Algériens», pouvait-on lire sur une pancarte. Le départ du système et le refus des dernières offres politiques, faites mercredi dernier par le chef de l’État Ben Salah, n’ont, visiblement, pas emballé grand monde parmi les manifestants qui ont crié «La hiwar, la chiwar, arrahil obligatoire (ni dialogue, ni consultation, le départ obligatoire)
A Boumerdès, des milliers de personnes dont de nombreuses familles sont sorties dans les rues de la ville pour exiger le «départ total du système politique en place et de tous ses symboles », selon un manifestant. «Dégagez tous !», «Etat civil et non militaire», «armée, peuple frères, et Gaïd Salah avec les traîtres», «Pas d’élection avec la bande», «Algérie libre et démocratique» ont été les mots d’ordre scandés et inscrits sur les pancartes et les banderoles.. La tentative d’éléments de la police de retirer l’emblème amazigh à un manifestant a été vite déjouée par des manifestants.
Sur leurs panneaux, on pouvait lire «Kabyle, Arabe, Chaoui, M’zabi, Targui, Khawa Khawa», «Bensalah, Bedoui, Gaïd Salah dégagez», «justice indépendante», «libérez les détenus d’opinion», «libérez les jeunes innocents qui ont brandi l’emblème amazigh», «libérez Lakhdar Bouregaâ», ont été également portés par les manifestants qui ont exprimé l’engagement de « poursuivre la protestation jusqu’à la concrétisation des revendications» relatives au «recouvrement de toutes les libertés du citoyen et à l’édification d’un Etat de droit pour tous les Algériens», des paroles recueillies auprès d’un manifestant .
A Béjaïa, c’est sous un soleil de plomb que des dizaines de milliers de manifestants ont battu le pavé, hier, à travers les artères principales de la ville, en scandant des slogans hostiles au pouvoir et réclamant le changement de système politique.
Le coup d’envoi de la 20e marche de protestation populaire a été donné vers 13h30, depuis l’esplanade de la maison de la culture Taos Amrouche, sous les cris « Djazaïr houra démocratiya » (Vive l’Algérie libre et démocratique), «Makanch El intikhabat ya el issabat» (Pas de vote !), «Dawla madania, matchi aâskaria » (pour un Etat civil et non pas militaire)… Munis de l’emblème national et du drapeau amazigh, les manifestants se sont scindés en carrés brandissant des banderoles et des pancartes portant les slogans chers au mouvement populaire du 22 février, tels que «Klitou lebled ya saraqine», «Bled bledna wa endirou rayna», «Pouvoir assassin», «Ulac smah ulac», «Système dégage ! »…
Afin de donner un cachet particulier à cette manifestation de rue qui coïncide avec le 57e anniversaire de l’indépendance, les Béjaouis ont tenu à rendre un vibrant hommage aux héros de la Révolution algérienne, en observant une minute de silence à la mémoire des martyrs du devoir national.
Ainsi, un gigantesque tifo portant le portrait de Larbi Ben M’hidi, l’emblème national et certains slogans chers au « Hirak », a été déroulé du haut de l’un des bâtiments de la cité CNS sous les regards émerveillés de ces milliers de marcheurs. Par ailleurs, les manifestants ont réclamé haut et fort la libération de l’ensemble des détenus d’opinion, plus particulièrement celle du grand Moudjahid Lakhdar Bouregaâ.
A l’ouest du pays, Oran a connu une mobilisation plus forte que les vendredis précédents. Tlemcen a elle aussi vécu une journée particulière : «Nous sommes tous des Bouregaâ, touche pas à mon moudjahid ! », a crié à l’unisson une foule bigarrée et en liesse. « «Ya kaïd el arkane, el moudjahid la youhane ! », a-t-on également entendu dans une manifestation imposante durant laquelle des portraits de Messali Hadj, de l’Emir Abdelkader, de Boudiaf, du Colonel Lotfi, ont été brandis par un carré de marcheurs.
D’autres manifestants ont scandé «Fi l’Algérie, makache Sissi !», «La Washington, wala Bariz, echaâb yakhtarer ra’is ! », « el madda sebaâ, solta li echaâb, ya Gaïd Salah barka min laâb !», «Bedoui, Bensalah,
dégage ! « Houkoumet el bricolage, dégage !», «La li intikhabat, maâ el isabat !», «Dawla madania, machi askaria !»… Dans un carré, on a pu apercevoir une pancarte appelant
à juger l’ex-garde des sceaux originaire de la région, Tayeb Louh : «Djibouh, djibouh, lell Harrach, Tayeb Louh !»… A noter l’absence des chaînes de télévision, une carence compensée par les live des journalistes utilisant les réseaux sociaux.

Recueillement et détermination
A Sidi-Bel-Abbès, des hommes et des femmes sont sortis par centaines pour manifester malgré la canicule avec sur les bras et sur leurs dos des drapeaux et des posters de martyrs de la révolution.
A la place du 1er Novembre, ils ont scandé «Doula madania machi aâskaria», «Ya Gaïd smaâ mlih», «La hiwar avec les B», «Solta la chaâb», «Maranech habsine koul djoumaâ khardjine», «Algérie des chouhadas», «Dégage dégage chaâb der el courage»…. Les manifestants ont observé une minute de silence à la mémoire des chouhada et chanté l’hymne national. Ils ont déployé des bannières sur lesquelles on pouvait lire «La France c’est le moment des comptes et il ne peut y avoir de changement sans la dissolution du FLN ».
A l’est du pays, et à Annaba en particulier, la mobilisation a semblé reprendre comme aux premiers jours du Hirak. Une marée humaine a investi le Cour de la Révolution pour exprimer encore une fois leur détermination à libérer, en cette date symbolique, l’Algérie de «Ouled França (les enfants de la France)». Des dizaines de milliers de citoyens ont crié pour la énième fois des slogans hostiles au vice-ministre de la Défense et chef d’état-major, le général de corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah, considéré par les marcheurs comme le véritable décideur. «Ya el Gaïd Salah barka men laâb, 7 et 8 solta lel Chaâb (Gaïd Salah arrête de jouer, 7 et 8 le pouvoir au peuple)» et «les Algériens khawa khawa w Gaïd Salah maâ el khawana», ont-ils scandé. Comme un leitmotiv, les manifestants ont scandé à l’unisson les slogans «Ya Amirouche, Ya El Haouès, Bouregaâ fel Hbes (Amirouche, El Haouès, Bouragâa dans les prisons)», «libérer Bouregaâ» et encore «libérer les détenus», ont crié à tue tête des dizaines de milliers de manifestants en solidarité avec les manifestants détenus pour leurs avis politiques.
A El Tarf, les manifestants ont réaffirmé leur soutien au moudjahid Lakhdar Bouregaa dont c’était le jour de gloire. Ils ont crié à tue tête «Gaïd dégage, Gaïd raïs El Issaba», «Libérez le moudjahid Bouregaâ, les détenus d’opinion et les manifestants emprisonnés pour avoir porté le symbole de l’amazighité qui appartient à tous les Algériens ». Ils ont lancé un appel au président Bensalah et au chef de gouvernement Bedoui leur disant «Pas d’élection, pas de dialogue hata trouh el issabat», «Hommes, femmes, jeunes et vieux ont été unanimes à dire qu’ils ne quitteront pas la rue tant que le régime et les figures de l’ancien système sont encore en place.
A Mila, les Mileviens et les habitants des villes et villages environnants, ont encore une fois , sous un soleil de plomb, battu le pavé et scandé haut et fort des slogans hostiles au pouvoir. Les expressions «Djoumaâte El istiqlal, Silmiya silmiya, dawla madania la aâskaria, el djeïch djeich’naw’e ddarkw’chorta khawatna »ont été très entendues et imprimées sur de grandes pancartes, les slogans «libérez l’Algérie, labled bladna w’ndirou rayna, aâtiwann alastiqlal» et le chant patriotique «biladi biladi enti houbbi wa fouadi» scandés par les Hirakiste, ont marqué la marche de ce vingtième vendred, jour de fête d’indépendance.
A Bordj Bou-Arréridj la marche d’hier a été considérablement plus importante et plus riche en slogans que la précédente. Côte à côte et drapés de l’emblème national et d’étendards amazigh, des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestants ont marqué le 20e vendredi de la protesta avec toujours les mêmes slogans, appelant les résidus de l’ancien régime à céder le pouvoir au peuple et glorifiant le caractère pacifique du mouvement, tout en distribuant copieusement le carton « dégage » à tous ceux qui sont à l’origine du désastre.
La procession a sillonné plusieurs artères de la ville avant de se diriger vers le cimetière des chouhada, au carrefour d’El Annasser, en scandant des louanges à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie «pour que leurs compagnons d’armes croupissent aujourd’hui dans les prisons».
A Oum El Bouaghi, les manifestants ont été, comme à l’accoutumée, au rendez-vous pour rappeler leurs mots d’ordre et slogans antisystème. Les manifestants, dont le nombre a diminué quelque peu à cause de la canicule régnant sur la région ce vendredi ont affiché une détermination à poursuivre le Hirak jusqu’à la concrétisation des revendications pour lesquelles ils se sont mobilisés sans répit depuis le 22 février 2019. La même détermination et volonté pour le changement a été affichée par les manifestants des deux autres grands centres urbains de Aïn Beïda (est) et Aïn Mlila.