Comme il fallait s’y attendre, l’Opep+ a décidé, hier, de ne pas aller au-delà des 400 000 barils par jour de supplément qu’elle injecte dans sa production depuis des mois. Lors de leur nouvelle réunion mensuelle, les treize pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix partenaires ont donc pris la décision attendue ces derniers jours de maintenir leur démarche d’ouverture progressive des vannes. Une attitude prudente de l’alliance et d’absence de fléchissement face aux pressions qu’exercent sur elle les pays gros consommateurs de brut et à leur menace de recourir aux stocks stratégiques.

Par Feriel Nourine
En effet, la démarche est bâtie sur une attitude prudente que l’Opep+ manifeste depuis plusieurs mois sans laisser se dégager le moindre signe de fléchissement face aux pressions qu’exercent sur elle les pays gros consommateurs de brut.
Dans une conjoncture de marché pétrolier où les prix flambent sous, entre autres facteurs, l’impact de la guerre en Ukraine, les pays énergivores ont choisi, la veille des retrouvailles entre les pays composant l’alliance, pour revenir à la charge et tenter de convaincre ces derniers de la nécessité d’augmenter leur production face au risque de rupture des approvisionnements de brut en provenance du géant russe.
Face à la sourde oreille dont fait preuve l’Opep+, la menace du recours aux stocks stratégiques a refait surface, mardi, brandie par les Etats-Unis et d’autres pays gros consommateurs d’or noir. L’annonce a été faite par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), faisant état que ses pays membres allaient libérer 60 millions de barils de pétrole tirés de leurs réserves d’urgence pour stabiliser le marché. Pour sa part, le président américain Joe Biden a précisé que, de ce total, 30 millions de barils seront débloqués par son pays.
On se rappelle que la Maison-Blanche avait déjà annoncé qu’elle allait recourir aux stocks stratégiques en novembre dernier, avant de voir d’autres pays user de la même menace pour pousser les producteurs réunis autour de l’Opep+ à libérer plus de volumes de brut. Plus de trois mois après, l’alliance n’a pas abdiqué, et l’information rapportée mardi par l’agence américaine n’a pas réussi à changer la donne ni avoir raison de la détermination de cette dernière à maintenir toujours inchangé le supplément mensuel qu’elle injecte à son offre depuis août 2021.
Ceci d’autant que le même jour de la sortie de l’AIE, le Secrétaire général de l’Opep, Mohammad Sanusi Barkindo, n’a pas manqué d’envoyer un message aux 23 pays de l’alliance, les appelant à être «proactifs» face à l’évolution du marché. «Peu importe les défis auxquels nous pourrions être confrontés, la Déclaration de coopération Opep-non Opep continuera d’être le mode opératoire de notre succès commun et nous aidera à nous rapprocher, étape par étape et jour après jour, de la réalisation de nos objectifs communs», a déclaré M. Barkindo lors de la 60e réunion du Comité technique conjoint (JTC) des pays de l’Opep+, selon un communiqué publié sur le site-web de l’Opep.
«Cette approche agile et mesurée sera une fois de plus payante», a-t-il souligné, ajoutant que l’Opep+ «continuera de suivre les développements de très près dans les jours et les semaines à venir».
L’annonce de l’AIE n’a donc pas suffi à dissuader l’Opep+ ni à freiner l’élan des cours sur les marchés londonien et américain. Bien au contraire, les prix poursuivaient hier leur montée pour inscrire de nouveaux sommets et des records sur les dix dernières années. Les prix sont, en effet, montés au-dessus des 114 dollars avant de se rétracter en fin d’après-midi. Mais les deux références européenne et américaine conservaient une bonne partie des gains engrangés par rapport à la clôture de la veille.
Vers 16H (GMT) le baril de la mer du Nord pour livraison en mai valait 107,62 dollars sur l’Inter Continental Exchange, en hausse de 2,52%, alors que le WTI gagnait 2,26% à 105,75 dollars sur le New York Mercantile.
En tous les cas, avec ou sans leurs stocks stratégiques, les pays qui menacent auront du mal à mettre en place des sanctions qui priveraient la Russie d’exporter son pétrole sans détruire leurs approvisionnements. Une fois ces stocks épuisés, il sera quasiment impossible aux Américains et leurs alliés de combler une offre mondiale privée du quota du deuxième exportateur mondial.
La production de l’Algérie dépassera 1 million de barils/jour en avril
La production pétrolière de l’Algérie dépassera au mois d’avril prochain un (1) million de barils par jour (mb/j), soit une hausse de 10.000 barils/jour par rapport au mois de mars, a fait savoir, hier à Alger, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab. Dans une déclaration à la presse en marge de la 26e réunion ministérielle Opep-non Opep (Opep+), à laquelle il a participé par visioconférence, M. Arkab a révélé que «la production pétrolière de l’Algérie atteindra 1.002.000 mb/j au mois d’avril prochain». Cette hausse s’inscrit dans le cadre de l’application de la décision d’Opep+ lors de sa 26e réunion ministérielle Opep-non Opep (Opep+) portant une hausse globale de 400.000 mb/j au mois d’avril prochain. «Les pays signataires de la déclaration de coopération Opep+ ont décidé de poursuivre la hausse globale en injectant 400.000 mb/j supplémentaires sur le marché au mois d’avril prochain», a indiqué M. Arkab. M. Arkab a pris part hier par visioconférence aux travaux de la 26e réunion ministérielle Opep-non Opep (Opep+). Le ministre de l’Energie et des Mines a participé également aux travaux de la 38e réunion du Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC). Ces deux réunions ont été consacrées à «l’examen de la situation du marché pétrolier international et à ses perspectives d’évolution à court terme ainsi qu’à l’évaluation du niveau de respect des engagements de baisse de la production des pays d’Opep+ durant le mois de janvier 2022». Le taux de conformité a atteint 129% au mois de janvier dernier, a révélé M. Arkab. Les ministres de l’Energie des pays d’Opep+ ont décidé de se réunir à nouveau le 31 mars prochain. <