«Les archaïsmes sont alimentés par les télévisions et une certaine presse et aussi par des discours et des prêches religieux», a souligné Dalila Djerbal, sociologue et membre du réseau Wassila. Invitée dans l’émission «l’invité de la rédaction» Chaîne III de la radio nationale, elle dit espérer que «les différentes lois des appels à la haine et à la discrimination soient appliquées». Elle rappellera l’évolution jugée trop lente des droits des femmes depuis l’Indépendance. Depuis le 8 mars 1965, les moudjahidate sont sorties dans la rue pour demander l’égalité dans l’héritage, la suppression du tuteur, la suppression de la polygamie et la répudiation. Alors que la société a profondément changé, sur le plan juridique, «il ne s’est pratiquement rien passé» pour concrétiser l’égalité entre les sexes, regrette la militante des droits des femmes. Mme Djerbal a tenu à souligner le décalage entre les principes généraux d’égalité, inscrits dans la loi fondamentale du pays, et les pratiques toujours discriminatoires à l’égard de la gente féminine. «Toutes ces résistances qui se manifestent depuis tant d’années, nous ont conduit à ce moment de rupture». «Les gouvernants et les législateurs ne veulent pas voir toutes ces résistances qui se manifestent depuis tant d’années», dira-t-elle. Mme Djerbal exprimera néanmoins un optimisme légitime. «Je crois que nous sommes arrivés à un moment de rupture», «le Hirak de chaque vendredi pour une société juste, une société de droit civique et égalitaire, cette formidable avancée veut une nouvelle société» et «cette ténacité va forcément changer les choses», estimera-t-elle. Pour cette dernière, l’avenir du combat des femmes est entre les mains de la nouvelle génération. «Elles sont dans l’université, elles revendiquent l’espace public, dans la rue, au travail, elles revendiquent le respect de leur corps et de leur personne dans la dignité, le tout dans le droit au savoir». Rappelant que les blocages ne sont en rien liés à la religion comme le pensent certains, elle prendra pour preuve «des pays comme la Tunisie et la Turquie qui ont pris comme fondement l’égalité des citoyennes et des citoyens, personne ne peut se cacher derrière la religion pour dénier à la moitié de la population ses droits et la reconnaissance des droits des citoyennes». Rappelant le combat des femmes en Algérie, la sociologue fait remarquer que les revendications sont toujours les mêmes parce que, explique-t-elle, «ce combat pour l’égalité n’a pas encore abouti».
«Regardez dans l’espace public, insiste-t-elle, il y a eu des changements extraordinaires. Les femmes sont partout et cette nouvelle génération de femmes continue, non seulement, de porter les revendications, mais elle exige aussi le respect dans l’espace public». Pour Dalila Djerbal, le changement ne doit pas se limiter aux textes mais doit toucher à tous les aspects politiques, juridiques et économiques. S’attardant sur ce dernier aspect, l’invitée de la radio désigne du doigt la précarité en milieu professionnel qui pénalise les femmes. «La moitié des femmes travailleuses sont dans le secteur privé et dans ce secteur, ce sont des salaires moindres, des postes de travail précaires (…) Toute cette précarité donne plus de vulnérabilité, plus de harcèlements sexuels», dénoncera-t-elle.